Jan 282018
 
«Généralement, les organisations coopératives, mutualistes ne sont pas bien connues. (...) Il faut créer un mouvement.» - Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins Photo: Nicolas Falcimaigne

À l’occasion du lancement de l’Année des coopératives, tenu à Lévis le 12 janvier dernier, le journal Ensemble a eu l’occasion d’interroger Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins. Premier groupe financier coopératif au Canada, sixième dans le monde, avec un actif de plus de 188 milliards de dollars, Desjardins est l’un des plus importants employeurs au Canada avec 43 600 employés. Illustration du leadership mondial exercé par cette coopérative financière québécoise, le Sommet international qu’elle organise à Québec du 8 au 11 octobre 2012 réunira 2 000 participants de partout dans le monde, ainsi que 125 conférenciers de renom. Quelle est sa vision du contexte mondial actuel ?

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Nov 292014
 

QUÉBEC – Vous ne m’en voudrez pas, j’espère… Aujourd’hui, je n’ai pas couru le marathon devant la bannière de tête pour prendre et reprendre de l’avance sur le flot populaire. J’ai réussi à m’empêcher de grimper dangereusement sur le mobilier urbain pour saisir «la shot» de cette manifestation monstre contre l’austérité. Je n’ai pas interrogé les leaders sociaux tout en marchant et en gérant caméra et prise de son. J’ai demandé une photo à un collègue plutôt qu’en prendre une moi-même. Je n’ai pas fait de reportage vidéo à toute vitesse. Suis-je malade? Burnout? Est-ce que j’ai choké? Non, aujourd’hui, j’ai été un manifestant. Parce que l’austérité, nous les journalistes indépendants, on connaît ça. On la vit au quotidien.

Voulons-nous d'une société où les services essentiels, comme le journalisme, seront payés par la publicité et la charité, pendant que nos impôts financent les multinationales? Non. Alors j'ai marché et crié des slogans, en brandissant mon kodak en guise de pancarte. Photo: Luc Renaud

Voulons-nous d’une société où les services essentiels, comme le journalisme, seront payés par la publicité et la charité, pendant que nos impôts financent les multinationales? Non. Alors j’ai marché et crié des slogans, en brandissant mon kodak en guise de pancarte. Photo: Luc Renaud

En fait, le journalisme indépendant, c’est l’austérité. L’information, c’est un bien commun qu’on a complètement abandonné aux lois du marché. Ça donne une idée de ce que sera notre société après le démantèlement actuel. Alors j’ai marché en criant des slogans, brandissant mon kodak en guise de pancarte. Confidence: j’écris même ce texte d’avance, pour pouvoir jaser avec le monde pendant le retour en autobus, au lieu de faire du montage, de la rédaction ou du traitement photo. Lire la suite »

Jan 012014
 
Occupation de la place d'Armes, 2011. - Photo: Nicolas Falcimaigne

La structure coopérative mise au service de la démocratie et du développement local et régional

La Coopérative de représentation populaire (Corep) est une structure de démocratie directe qui peut être mise en place unilatéralement par les citoyens. Elle vise à redonner aux citoyens l’influence sur leurs élus, tous secteurs et causes confondus, en réunissant une large base de membres et en tirant sa légitimité directement du citoyen et du territoire. C’est aussi une façon de financer et d’émanciper les régions: une structure de développement local ne peut prélever d’impôts sur son territoire, mais les membres d’une coopérative peuvent voter des frais annuels.

Contexte : Les élus répondant désormais davantage aux intérêts financiers corporatifs et individuels qu’à l’intérêt collectif de leurs commettants, il semble nécessaire de reprendre le contrôle en exerçant une influence directe sur eux. La récente Loi sur la transparence et l’éthique en matière de lobbyisme (2002) consacre cet état de fait et donne un cadre légal à l’exercice de l’influence corporative. Face aux grandes corporation qui exercent un lobby puissant fondé sur leur capital au service de leurs intérêts individuels, la défense du bien commun est morcelée en groupes de pression sectoriels qui ont peine à s’organiser entre eux pour faire front commun, car ils représentent eux-même des intérêts parfois divergents.

Besoin : Les coopératives sont des démocraties spécifiques, édifiées par des citoyens pour répondre à un besoin spécifique sur un territoire donné. Habituellement, elles ne sont pas politiques. Mais ici, le besoin est de nature politique. La Corep propose d’être une institution démocratique générale au service des citoyens, un contre-pouvoir rendu nécessaire par la faiblesse des institutions actuelles et la corruption qui les ronge.

Plus largement, cette structure prétend donc à une meilleure représentation démocratique que les institutions municipales, locales, régionales et nationales actuelles. La Corep vise à proposer un système démocratique alternatif, pouvant un jour remplacer les institutions actuelles si les citoyens le décident, ou éventuellement convoquer une Assemblée constituante qui élaborera de nouvelles institutions démocratiques, meilleures encore.

Services : Représentation des positions décidées par les membres (techniquement, c’est une coop «de consommateurs») en démocratie directe, auprès des élus locaux, et régionaux et nationaux par regroupement fédéré et confédéré. Accès à l’information publique et divulgation aux membres, organisation d’actions directes, tenue d’Assemblées générales fréquentes pour prendre position, etc.

Membres : Citoyens et citoyennes d’une juridiction municipale ou d’un regroupement de municipalités si la faible population le justifie. Plus simplement : population d’un territoire donné.

Parts sociales : Faible coût pour favoriser l’accès à ce pouvoir démocratique selon le principe d’égalité. Le tarif plancher, une part sociale de qualification (10$) peut permettre à la Corep de réunir rapidement un grand nombre de membres et un pouvoir de représentation important. La force du nombre permettra aussi un financement suffisant.

Frais annuels : Votés par les membres chaque année, les frais annuels sont l’unique opération financière des membres avec la coopérative pour répondre à leur besoin de représentation. Fixés pour permettre l’inscription de la Corep au Registre des lobbyistes, dans le cadre de la loi de 2002, et l’embauche de ressources humaines, les frais annuels devraient être proportionnels au revenu de chaque membre, conformément au principe d’équité et aux traditions de fiscalité progressive. Le pouvoir démocratique exercé par la coopérative sur son territoire auprès de ses élus dépend de sa représentativité, donc du nombre de membres, mais également de sa capacité financière à recruter, à encadrer et à rémunérer des ressources humaines permettant l’exercice d’une influence efficace.

Démocratie participative de proximité : la Corep est locale, pour permettre la tenue d’assemblées générales et l’exercice d’une démocratie participative de proximité, aussi souvent que nécessaire.

Suffrage universel direct : les représentants des membres sont élus au suffrage universel direct, à tous les niveaux. Si elles sont un jour fédérées, les Corep auront à élire des représentants à la fédération régionale ou à la confédération nationale. Ces représentants doivent être élus par tous les membres de toutes les Corep regroupées. L’élection de la présidence, porte-parole de la Corep, de la fédération ou de la confédération, et «lobbyiste» en titre, doit aussi être spécifiquement faite au suffrage universel afin de conférer à ce poste une légitimité au moins aussi grande que celle des élus.

Intercoopération : La Corep fera prioritairement appel à des coopératives pour répondre à ses besoins.

Déc 182012
 

Trois-Pistoles, journal EnsembleÀ l’approche des États généraux sur le journalisme indépendant, le journal Ensemble, presse coopérative et indépendante, co-publiera avec le bulletin L’Indépendant de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) une série d’articles de fond dans un dossier sur la profession de journaliste indépendant, son histoire, son rôle dans le développement de la presse indépendante et de l’accès des citoyens à l’information, ses enjeux, son avenir et bien d’autres facettes de notre réalité.

L'historien Éric Tremblay est correspondant du journal Ensemble au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Photo: Nicolas Falcimaigne

L’historien Éric Tremblay est correspondant du journal Ensemble au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Photo: Nicolas Falcimaigne

La Coopérative de journalisme indépendant, éditeur d’Ensemble, mobilisera ses membres dans toutes les régions du Québec pour mener également une série de rencontres de consultation afin de connaître l’avis des journalistes, des éditeurs et des citoyens sur ces questions. Les premières dates seront annoncées en janvier et nous vous invitons à y participer en grand nombre.

Publication spéciale États généraux

Le texte a d'abord été publié dans le journal Ensemble, presse coopérative et indépendante

Le texte a d’abord été publié dans le journal Ensemble, presse coopérative et indépendante

Les articles du dossier, en relation avec cette tournée, auront une place de choix dans les éditions web et papier du journal Ensemble et dans L’indépendant mais aussi dans une publication spéciale au moment des États généraux sur le journalisme indépendant, en septembre (lire autre texte). Cette publication spéciale pourrait bien prendre la forme d’un livre, recueil d’articles, comme celui publié par la coop en octobre dans le cadre de l’Année internationale des coopératives.

Indépendants, ensemble, l’Association des journalistes indépendants du Québec et la Coopérative de journalisme indépendant vous réservent donc une année 2013 qui verra les enjeux du journalisme indépendant mis à l’avant plan comme jamais, au moment où le contexte social et politique appelle un examen de notre démocratie.

Oct 052012
 

Trois-Pistoles, journal EnsembleLeader des Opérations Dignité qui ont empêché la fermeture de plusieurs villages dans l’est du Québec pendant les années 1970, Gilles Roy a été président d’honneur de la Maison familiale rurale du KRTB, projet dont j’étais chargé du démarrage pendant l’année 2008-2009. C’est avec une immense tristesse que j’ai appris son décès, survenu mercredi à l’hôpital de Rimouski. Laissez-moi vous raconter en quelques mots trop brefs cet homme inspirant qui n’a jamais arrêté de se dévouer pour nos collectivités rurales, jusqu’à la fin.

Leader des Opérations Dignité qui ont empêché la fermeture de plusieurs villages dans l'Est du Québec pendant les années 1970, Gilles Roy a récemment été président d'honneur du démarrage de la Maison familiale rurale du KRTB. Photo: Nicolas Falcimaigne

Leader des Opérations Dignité qui ont empêché la fermeture de plusieurs villages dans l’Est du Québec pendant les années 1970, Gilles Roy a récemment été président d’honneur du démarrage de la Maison familiale rurale du KRTB.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Nos chemins n’ont fait que se croiser. Son voyage tirait à sa fin et le mien ne faisait que commencer. Si brève a été notre rencontre, trop brève. Gilles Roy est une de ces personnes qui nous marquent pour longtemps, et il nous manquera longtemps. Les quelques pas que nous avons parcouru ensemble m’ont fait découvrir un homme d’une rare détermination, sur la route de la Maison familiale rurale, cette école coopérative pour la persévérance scolaire et la relève rurale, au cœur de son pays du Bas-Saint-Laurent. Lire la suite »

Mai 132012
 

Trois-Pistoles, journal EnsembleIl est impossible de gagner une élection au Québec sans avoir le soutien d’un grand groupe de presse. C’est ce qu’affirmait l’ancien président du Conseil de presse du Québec, Raymond Corriveau*, à l’émission Enquête diffusée le 3 novembre dernier à Radio-Canada. La conduite de l’État serait entre les mains de groupes financiers qui échappent au contrôle des citoyens, pensent plusieurs analystes dont notamment le journaliste et essayiste Hervé Kempf, la vitrine d’un système oligarchique contrôlé par quelques uns au profit d’une minorité.

Comment faire en sorte que le Printemps québécois ne soit pas capturé par la politique partisane, au seul profit de la prise du pouvoir par une formation politique? Photos: Nicolas Falcimaigne

À l’occasion du Printemps québécois, et au premier chef de la plus longue grève étudiante de l’histoire récente du Québec, la collusion entre les grands groupes de presse et le pouvoir s’est illustrée à plusieurs reprises. Elle a permis au gouvernement Charest de fixer l’attention des citoyens sur la grève étudiante, un sujet qui le fait progresser dans les sondages. La couverture sélective des épisodes violents de la grève, en plus de détourner l’attention du débat fondamental sur les frais de scolarité, a permis d’éclipser encore plus totalement les controverses qui mettent le gouvernement dans l’embarras: Plan Nord, gaz de schiste, exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent, exploitation de l’uranium, réfection de la centrale nucléaire de Gentilly 2, enquête sur l’industrie de la construction et la corruption. Lire la suite »

Avr 152012
 
Trois-Pistoles, journal EnsembleLe faible taux de participation aux élections est souvent pointé du doigt pour illustrer le cynisme des citoyens, alors que la classe politique promet de leur «redonner confiance». Dans plusieurs pays, les citoyens ont entrepris de convoquer une assemblée constituante pour remettre en question le système politique lui-même, et pour se donner de nouvelles institutions démocratiques.

Les manifestants de tout âge et de toute condition sociale, rassemblés au Square Victoria par le mouvement Occupons Montréal le 26 novembre dernier, réclament la démocratie. Photo: Nicolas Falcimaigne

Plusieurs milliers de citoyens de tout âge et de toute condition sociale ont récemment pris la rue pour crier leur mécontentement. Des Indignés aux étudiants, en passant par les opposants à l’exploration gazière, ces citoyens sont loin d’être un groupuscule marginal. Ils se décrivent comme les «99%» face au «1%» qui détient le pouvoir. Ils sont là pour réclamer le retour de la démocratie. Lire la suite »

Jan 192012
 

Lévis, journal EnsembleÀ l’occasion du lancement de l’Année des coopératives, tenu à Lévis le 12 janvier dernier, le journal Ensemble a eu l’occasion d’interroger Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins. Premier groupe financier coopératif au Canada, sixième dans le monde, avec un actif de plus de 188 milliards de dollars, Desjardins est l’un des plus importants employeurs au Canada avec 43 600 employés. Illustration du leadership mondial exercé par cette coopérative financière québécoise, le Sommet international qu’elle organise à Québec du 8 au 11 octobre 2012 réunira 2 000 participants de partout dans le monde, ainsi que 125 conférenciers de renom. Quelle est sa vision du contexte mondial actuel ?

«Généralement, les organisations coopératives, mutualistes ne sont pas bien connues. (...) Il faut créer un mouvement.» - Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins Photo: Nicolas Falcimaigne

Nicolas Falcimaigne, journal Ensemble : Mme Leroux, quelles sont les forces du mouvement coopératif face à la crise mondiale ?

Monique F. Leroux, Mouvement Desjardins : L’entreprise coopérative est une entreprise qui n’a pas qu’un objectif de performance financière. Il y a un objectif d’apporter une contribution des bénéfices aux personnes et à la société. La gouvernance démocratique, la participation des gens, même si c’est exigeant, fait en sorte que notre perspective n’est pas simplement de dire : « On doit avoir une contribution économique et financière ». On doit avoir aussi une contribution sociétale. Lire la suite »

Déc 082011
 
Les Presses du Fleuve, à Montmagny, sont le dernier bastion de l'imprimerie indépendante des journaux à l'Est de Montréal. Une Coopérative de travailleurs actionnaire y regroupe les employés. Photo: N.Falcimaigne

Le 16 décembre prochain, à Rimouski, se tiendra la dernière rencontre d’une tournée de consultation publique portant sur « l’information d’intérêt public dans les médias québécois ». Christine St-Pierre, ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, a lancé cette consultation à la fin août pour donner suite au mémoire de la commission présidée par Dominique Payette, sur « l’avenir de l’information au Québec dans le contexte des changements technologiques ». Le rapport de Mme Payette, intitulé L’information au Québec : un intérêt public, a été rendu public le 26 janvier 2011.

Le débat public est donc ouvert sur le rôle de la presse et sur les façons de lui permettre de l’exercer. Car la presse se transforme, et partout dans le monde les entreprises de presse sont à la recherche de nouveaux modèles. Au cœur du défi, le financement de ce secteur vital à toute démocratie.

La presse en crise d’adolescence

La diversification des sources de financement (ventes, abonnements et publicité), l’utilisation du support papier unique et l’existence d’une large classe moyenne sont des conditions qui ont permis à la presse indépendante d’exister pendant le XXe siècle. La tendance est maintenant inverse : avec la convergence des entreprises de presse, de publicité, d’impression et de distribution, la part des revenus publicitaires s’est accrue jusqu’à représenter l’essentiel des revenus, notamment dans la presse régionale. Cette unique source ne suffit plus, et le fractionnement des plateformes la rend volatile. Cette évolution, en réduisant la diversité des sources de financement, réduit aussi considérablement l’indépendance de la presse.

Même Le Devoir, au slogan « quotidien indépendant par excellence », est attaché à Quebecor par une entente d’impression et de distribution qui en fait probablement le principal fournisseur de l’entreprise. Que se passera-t-il si le quotidien de la rue de Bleury titre un jour à boulets rouges sur le projet d’amphithéâtre de Québec ? Quelle couverture réservera-t-il à la campagne électorale du favori de l’empire financier ?

L’information, poumon de la démocratie

Comme le soulignait récemment le Courrier international dans un dossier étoffé paru le 29 septembre, « l’information constitue un cas à part. Il s’agit certes d’une activité commerciale, mais elle occupe une place essentielle dans la démocratie. Le journalisme d’investigation a toujours été financé par d’autres activités. Il est donc de l’intérêt de la société dans son ensemble de trouver un nouveau modèle capable d’assurer la viabilité économique du journalisme. » (Traduction d’un article de The Economist, paru le 9 juillet.)

L’information est une institution démocratique essentielle à la bonne santé de l’État. Cet État ne l’apprécie pas toujours, car le rôle de la presse est souvent de donner aux citoyens un droit de regard sur ce que leurs élus font du pouvoir qu’ils leur ont confié. Un peu comme une dose quotidienne de remède infect, c’est ce qui garde l’État en santé malgré lui. Comment s’attendre à ce que l’État lui octroie un soutien, alors que les finances publiques se resserrent d’année en année ?

La grande majorité des citoyens ne percevra pas la différence entre l’information indépendante et les communications de masse qui lui sont diffusées à bas prix ou gratuitement. Demander au lecteur de payer plus qu’un minimum pour une information indépendante risque donc rapidement d’affecter son accès à l’information. Il sera difficile de solliciter un financement accru de la part des lecteurs, bien qu’il faille le faire pour distinguer, justement, l’information indépendante de la communication de masse.

Remettre l’économie au service de l’information

L’information est aussi essentielle à une société que la culture, les musées, le sport, qui bénéficient du soutien de l’État. Risquons une comparaison choc : c’est un secteur aussi important que celui des multinationales qui bénéficient de millions en subventions pour maintenir des emplois quelques années avant de délocaliser leurs activités vers d’autres pays.

Pour retrouver une indépendance de la presse, il faut créer un soutien financier systématique, lié au droit fondamental à l’information, et basé sur des paramètres objectifs (notamment liés à l’indépendance de la structure de propriété) qui libèrent le contenu de toute attache au financement. C’est à l’État qu’il revient de mettre un tel soutien en place. Pour le soustraire aux intérêts partisans et conjoncturels, ce soutien financier devra être enchâssé dans une loi fondamentale (constitution).

Mais l’État dira, avec raison, que les finances publiques sont déjà au plus mal. Aucun problème : ce financement proviendra d’une taxe spéciale appliquée à la publicité. Ce faisant, nous ramenons une source de revenu importante aux producteurs de contenu qui font vivre les diffuseurs. C’est un marché inélastique et lucratif qui ne souffrira pas d’une telle taxe. Ainsi, cette publicité, qui menaçait la liberté de presse, en deviendra la solution.

 

Sep 262011
 
Le conseil d’administration de la Coopérative de journalisme indépendant est formé par Dru Oja Jay, administrateur, Nicolas Falcimaigne, président, René Bougie, administrateur, Stéphanie-Élizabeth Le Sieur, secrétaire et Simon Béland, vice-président. - Photo: Nicolas Falcimaigne

Être indépendant de fortune garantit la liberté d’expression. C’est le principe qui a guidé la naissance de la presse indépendante aux XIXe et XXe siècles. Cette presse a évolué vers de grands groupes très puissants, qui font maintenant face à une crise, souvent associée à la disparition du support papier. Et si la cause était tout autre ?

Le besoin d’information n’a pas disparu avec le changement de millénaire. Avec l’arrivée d’internet, on observe même un déplacement du nombre d’heures consacrées à la télévision vers celles consacrées à naviguer sur la toile. De l’information télévisuelle passive, on passe maintenant avec les réseaux sociaux à une interactivité qui permet une animation de l’espace public sans précédent.

Ce qui a changé, c’est l’accès à une information indépendante. La concentration de la presse a fait en sorte que le propriétaire, hier indépendant et maître de sa liberté d’expression, est maintenant assis à la tête d’un empire financier. Cet empire a acquis des filiales dans plusieurs secteurs et les dirigeants ont placé leurs dividendes dans les secteurs les plus prometteurs de l’économie. Rien de plus normal : c’est ce que font toutes les entreprises qui ont du succès.

La différence, lorsqu’il s’agit d’un média, c’est que tous ces intérêts pris dans plusieurs secteurs de l’économie font en sorte que, quel que soit le sujet traité, l’entreprise de presse se retrouve en conflit d’intérêts. Comment aborder le sujet des ressources énergétiques et de leurs impacts lorsque l’on possède des intérêts dans l’exploration pétrolière et gazière ? Comment traiter de la guerre en Irak lorsque l’on investit des sommes faramineuses dans des placements à haut rendement qui s’appuient entre autres sur l’industrie de l’armement ?

Comment couvrir un conflit de travail lorsqu’on est actionnaire de l’entreprise concernée ? Quel regard porter sur les coopératives lorsqu’on incarne le système économique dominant, qu’elles remettent en question ?

On peut mettre sur papier des barrières qui garantissent l’indépendance de la salle de presse, et dans les conventions collectives des clauses qui garantissent celle des journalistes, mais dans l’esprit de ces derniers, à tout moment, leur employeur reste leur employeur. À l’externe, l’apparence de conflit d’intérêts, consciemment ou non, nourrit le cynisme des lecteurs et des citoyens envers les médias d’information et la sphère publique en général.

Le public se tourne alors vers des médias alternatifs ou des blogues, qui relaient parfois les positions de groupes d’intérêts sans toute la rigueur du travail journalistique. Ce secteur en émergence devra se professionnaliser pour acquérir la confiance du public.

La réponse coopérative

Pour reprendre le contrôle de leur accès à l’information, des citoyens de plusieurs régions fondent des coopératives d’information. Que ce soit de grands médias comme Alternatives économiques au niveau international, ou la dizaine de journaux régionaux coopératifs québécois, dont Le Graffici en Gaspésie et L’Indice bohémien en Abitibi-Témiscamingue sont des exemples, les initiatives se multiplient.

Leur indépendance est encore tributaire de leur structure de propriété, qui doit reposer sur des membres pour qui la coopérative représente un intérêt majeur.

Des membres journalistes

En fondant la Coopérative de journalisme indépendant, éditeur du journal Ensemble, nous avons choisi d’en faire une coopérative de producteurs dont les membres sont les journalistes. En inversant la structure habituelle, nous remettons la qualité de l’information au centre des préoccupations de l’entreprise de presse.

Comme son nom l’indique, c’est ensemble que nous réussirons à créer ce nouveau média, dédié à améliorer l’accès des citoyens à l’information, notamment sur les coopératives et sur l’économie sociale et solidaire. Tous les acteurs préoccupés par cet enjeu peuvent participer en adhérant comme membres auxiliaires lecteurs ou annonceurs, en s’abonnant et en abonnant leur entourage à cette édition mensuelle exclusive, en réservant des placements publicitaires et en souscrivant des parts privilégiées au montant de leur choix.

Parce qu’ensemble, on va plus loin.

Surveillez les activités de lancement, qui seront annoncées sur www.journalensemble.coop