Oct 022012
 

La Prairie, journal EnsembleC’est au Forum régional coopératif de la Montérégie qu’a été lancée, le 12 septembre dernier, la Déclaration des coopératives montérégiennes. Élaborée et adoptée par les quelque 120 participants et participantes, cette déclaration vise à «mobiliser les gens autour du fait que les coopératives doivent se faire connaître et se faire reconnaître dans la communauté et participer à un projet de société», explique la directrice générale de la Coopérative de développement régional (CDR) de la Montérégie, Claire L’Heureux. Elle espère que les gens puissent ainsi «s’identifier à un futur pour les coopératives et s’inclure en tant que coopérative dans un projet de société beaucoup plus global que leur coopérative elle-même». Illustrations concrètes de ce que signifient ces valeurs pour la région, plusieurs entrepreneurs sont venus parler de leur coopérative et raconter leur parcours qui parfois relève de l’exploit.

«Ce qu'on ne savait pas à ce moment là, c'est que c'était impossible. Ça fait qu'on l'a fait pareil», s'exclame Réjean Sauvé, directeur général de la Coopérative de Solidarité du Suroît - CSUR. Photo: Nicolas Falcimaigne.

«Ce qu’on ne savait pas à ce moment là, c’est que c’était impossible. Ça fait qu’on l’a fait pareil», s’exclame Réjean Sauvé, directeur général de la Coopérative de Solidarité du Suroît – CSUR. Photo: Nicolas Falcimaigne.

«Ce qu’on ne savait pas à ce moment là, c’est que c’était impossible. Ça fait qu’on l’a fait pareil», s’exclame Réjean Sauvé, directeur général de la Coopérative de Solidarité du Suroît – CSUR. Comme plusieurs autres promoteurs, il lui a fallu louvoyer entre les obstacles administratifs, techniques et financiers pour mettre sur pied une entreprise qui répond au besoin du milieu, en l’occurrence l’accès à Internet haute vitesse, alors que les grandes compagnies privées n’y voyaient pas un marché intéressant. Lire la suite »

Sep 302012
 

Québec, journal EnsembleDans quelques jours, 2200 dirigeants de coopératives et de mutuelles, chercheurs, représentants d’organisations internationales et de gouvernements de partout sur la planète se réuniront à Lévis et à Québec pour le Sommet international des coopératives. Les enjeux économiques, sociaux et environnementaux sur lesquels ils se pencheront feront écho à ceux des Forums régionaux qui se sont tenus au Québec pendant l’Année internationale des coopératives 2012. Le 19 septembre dernier, se tenait à Saint-Henri-de-Lévis celui de la région de Chaudière-Appalaches, organisé par la Coopérative de développement régional (CDR) Québec-Appalaches.

Les participants ont pu découvrir des exemples concrets d'initiatives coopératives qui changent le monde dans les communautés. Photo: Pierre-Luc Laganière

Les participants ont pu découvrir des exemples concrets d’initiatives coopératives qui changent le monde dans les communautés.
Photo: Pierre-Luc Laganière

«C’est parce que ça va mal dans le monde», laisse tomber Louis Favreau en conférence d’ouverture. «Vous savez qu’il y a 175 pays dans le monde qui vivent dramatiquement la crise dont on parle. Et nous aussi, on a les effets et on pourrait les avoir les effets encore plus brutalement dans les prochaines années. Il faut donc être vigilant

Cette crise qu’il compare à celle des années 1930, avec en trame de fond l’érosion des acquis sociaux et la «montée d’un capitalisme financier qui est boursier. Les multinationales du pétrole et du gaz, les grandes banques, on sait que c’est là que se pose le problème: les entrepreneurs qu’ils soient privés ou non, n’ont pas le gros bout du bâton, c’est les grands actionnaires qui contrôlent leurs entreprises. Certains parlent d’une dictature des actionnaires, et c’est aussi la dictature du court terme.» Un court terme alarmant, qui sonne l’urgence écologique, cause et conséquence de la crise économique et sociale. Lire la suite »

Sep 142012
 

Montréal, journal EnsembleL’élection du 4 septembre 2012 a marqué un changement de règne en portant au pouvoir le Parti québécois, après trois mandats libéraux. Avant que les événements dramatiques que l’on sait se produisent au Métropolis, le journal Ensemble a interrogé Jean-François Lisée, Bernard Drainville et Marie Malavoy sur leurs orientations en matière de coopératives, d’économie sociale et de réforme démocratique.

Jean-François Lisée s'est adressé à ses partisans réunis pour célébrer sa victoire, chez Baptiste, sur la rue Masson. Photo: Nicolas Falcimaigne

Jean-François Lisée s’est adressé à ses partisans réunis pour célébrer sa victoire, chez Baptiste, sur la rue Masson.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Ces entrevues font l’objet de la toute première chronique radiophonique du journal Ensemble pour cette saison. C’est Simon Van Vliet qui en assurera la réalisation, dans le cadre de Mais, l’émission, sur les ondes de CISM 89,3 FM Montréal.

La chronique hebdomadaire est disponible pour téléchargement et diffusion libre sur toutes les radios communautaires, d’économie sociale et/ou coopératives. Lire la suite »

Sep 022012
 

Trois-Pistoles, journal EnsembleVoter «stratégique» ou «avec son cœur», mardi prochain? À la veille de l’élection provinciale, le Parti québécois d’un côté, Québec solidaire et Option nationale de l’autre s’arrachent le vote des électeurs progressistes et souverainistes. Le mode de scrutin «majoritaire uninominal à un tour» force les Québécois à conjuguer dans un seul X sur le bulletin de vote le choix d’un chef d’État (pouvoir exécutif), d’un groupe parlementaire (pouvoir législatif) et d’un député qui les représente. Les voix n’ont jamais été aussi nombreuses pour demander qu’enfin ce système d’origine britannique soit réformé et modernisé pour que le résultat des élections reflète fidèlement la volonté populaire. Le journal Ensemble a demandé aux représentants des principaux partis ce qu’ils proposent pour remplacer ce que plusieurs considèrent comme une loterie.

Des voix de plus en plus nombreuses s'élèvent pour dire que les institutions démocratiques québécoises ont besoin de plus que d'un ravalement de façade. Photo: Nicolas Falcimaigne

Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour dire que les institutions démocratiques québécoises ont besoin de plus que d’un ravalement de façade.
Photo: Nicolas Falcimaigne

«Le besoin de démocratie se fait sentir plus que jamais au Québec», explique Jean-François R. Ouellette, étudiant en droit qui complète une maîtrise en commerce électronique à l’Université de Montréal. Sa passion du web et du droit constitutionnel l’a amené à mettre sur pied un site de référence sur le projet de constitution du Québec: constitutionqc.org. Il y regroupe l’information et la documentation disponible à ce sujet. On y retrouve même depuis peu le premier projet de constitution déposé en 1960 par l’Alliance laurentienne. Lire la suite »

Mai 042012
 

Montréal, journal EnsembleLe 22 avril dernier, des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées dans les rues de Montréal pour marcher pour le Jour de la Terre. Dans plusieurs autres régions du Québec, les citoyens ont emboîté le pas. Deux jours après l’évènement, l’organisateur Dominic Champagne a accueilli le journal Ensemble chez lui pour une entrevue de fond sur les enjeux relatifs au Printemps Québécois et sur les défis à relever pour poursuivre le mouvement.

«Le Plan Nord, ce n’est pas strictement le plan de Jean Charest, c’est le projet des intérêts qui ont mis Jean Charest au pouvoir pour faire la promotion de leurs intérêts. C’est ça qui est en jeu. L’industrie gazière, l’industrie pétrolière, l’industrie forestière, l’industrie minière, l’industrie de toute l’ingénierie qui supporte ça, elle contribue à la caisse du parti.» - Dominic Champagne Photo: Nicolas Falcimaigne

Nicolas Falcimaigne, journal Ensemble – Que penser de la participation du public à ce grand rassemblement du 22 avril ? Comment cette aventure a-t-elle débuté ?

Dominic Champagne – Je suis très fier, très heureux et très fatigué de toute cette épopée-là. Pour moi, ç’a vraiment commencé avec la question des gaz de schiste, l’année dernière. Il y a quelque chose qui m’avait choqué dans l’attitude des gazières et du gouvernement, et dans le sentiment de résignation ambiant que je voyais chez les citoyens, un sentiment d’impuissance. Beaucoup de gens au départ me disaient : « Ça ne sert à rien, pourquoi tu fais ça ? » Parce qu’il ne faut pas se laisser faire. On était une poignée au début à essayer de créer des assemblées d’information dans les villages pour intéresser les gens aux gaz de schiste. […] Toute la question des gaz de schiste, ça m’a ouvert les yeux. Ce que j’ai fini par comprendre, c’est que ça s’applique à l’ensemble des ressources, au dossier du pétrole, au dossier des mines, au dossier des forêts… Il y a un enjeu qui est important, global, un enjeu de richesses collectives, dont le gaz de schiste, pour moi, a été le révélateur. […] Lire la suite »

Fév 152012
 

Charlesbourg, revue Vie PédagogiqueDix-neuf avril 2011. Ce matin-là, entrer dans l’imposante Polyvalente de Charlesbourg donnait l’étrange impression de franchir le périmètre d’une grande conférence internationale sur les changements climatiques. Le gouvernement scolaire de cet établissement de la Commission scolaire des Premières-Seigneuries organisait son premier colloque sur l’environnement, dans le cadre de la Semaine de l’environnement et de la Journée de la Terre, le 22 avril.

Josée-Anne Gouin, conseillère pédagogique et Mario Harvey, enseignant. Photo: Luc Mercure - www.multimediamercure.com

L’enseignant responsable, Mario Harvey, nous accueille d’un air grave qui rappelle l’importance de l’enjeu. Ce colloque est plus qu’une répétition générale avant la «vraie vie»: les élèves, citoyens de l’école, ont pris en charge l’organisation. Ils ont eu l’audace d’inviter des intervenants de premier plan, diversifiés, pour confronter des idées sur des choix de société aussi réels qu’immédiats. Du directeur général du Regroupement des conseils régionaux de l’environnement du Québec aux représentants d’une des principales compagnies d’exploration du gaz de schiste, l’éventail de conférenciers a de quoi faire voler en éclat la bulle scolaire et précipiter les jeunes au cœur de leur société. Lire la suite »

Déc 062011
 
En octobre dernier, Jean-François Draperi publiait L’économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoire et démocratie. Photo: Recma

En octobre dernier, Jean-François Draperi publiait L’économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoire et démocratie. Le rédacteur en chef de Recma, revue internationale de l’économie sociale souhaitait y « mesurer les limites de l’économie sociale et solidaire, présenter des pistes pour une critique du capitalisme, puis inviter à une mise en question radicale en proposant des voies de réflexion et d’action générale. » Rejoint par le journal Ensemble, il a confié sa vision des enjeux sur lesquels porteront la tournée de forums régionaux de l’Année des coopératives au Québec. Voici la seconde des deux parties de cette entrevue, dont la première est parue hier.

Nicolas Falcimaigne, journal Ensemble : Lors de la Conférence internationale de Lévis, en septembre 2010, Felice Scalvini a défini le concept de « biodiversité entrepreneuriale ». Cette approche justifie-t-elle des alliances entre les entreprises d’économie sociale et des partenaires privés, et comment réussir de tels partenariats?

Jean-François Draperi : Il me semble essentiel de distinguer d’une part les entreprises privées de proximité, qui, pour le dire vite, s’inscrivent dans le cadre d’une production de biens et services et d’un échange marchand, et, d’autre part, les grandes sociétés de capitaux qui visent ou s’appuient sur la rémunération des capitaux.

Tout ou presque est à faire entre l’économie privée de proximité et l’économie sociale, qui sont complémentaires. L’une des difficultés actuelles réside dans le fait que les financements publics s’assèchent, dans l’action culturelle ou dans l’action sociale, et que les financements privés qui prennent le relais sont susceptibles de fixer des conditions de financement nouvelles. La venture philanthropy ambitionne d’accompagner les bénéficiaires de leurs dons dans la gestion et parfois dans la définition du projet. C’est à cette vigilance que doivent s’exercer les structures de l’économie sociale qui sont en relation avec de nouveaux partenaires économiques afin de veiller à ce que leur projet, leur professionnalité, leur organisation interne, etc ; ne se déplacent pas et ne se banalisent pas.

Il ne sont pas seuls pour y faire face. Le monde syndical incarne, de façon différente mais depuis longtemps, cette confrontation. Il y a une complémentarité à redécouvrir entre les revendication syndicale et l’alternative économique que propose l’économie sociale.

Enfin, les termes d’un rapprochement avec l’économie publique sont également à reconstruire. Les biens communs et les services d’intérêt général ne devraient pas faire l’objet d’appropriation privée et de spéculation et leur gestion devrait être strictement de nature publique ou sociale. Un champ immense d’activités se présente avec la gestion de l’eau, des transports, des sols, de nouvelles monnaies alternatives, etc.

Nous connaissons tous la pression que la gestion capitaliste exerce sur les activités des collectivités publiques et des groupements de personnes : à travers la mise en concurrence des associations, la restriction des budgets publics, l’obligation de suivre des règles assurantielles et bancaires qui mettent en cause la solidarité, la comptabilité exclusivement conçue pour exprimer le rendement des actions (sous le doux vocable de « juste valeur »), la gestion des collectivités, des hôpitaux et des administrations qui reprend le même cadre conceptuel que les sociétés de capitaux, les conséquences directes ou indirectes de cette gestion : marchandisation toujours plus forte de la santé, accroissement des inégalités de traitement, destruction de la planète, etc. Cette gestion à laquelle nous sommes contraints rend toujours plus périlleux le respect de nos valeurs et principes les plus essentiels.

Pour contrer cette forme d’invasion, il faut non seulement innover au niveau de l’entreprise, il faut également se donner des règles et des normes alternatives, et peut-être ne pas oublier que dans certaines situations, les coopérateurs du monde entiers ont fait usage de la désobéissance civile.

Et pourquoi ne pas reprendre la veille idée gidienne de rachat de sociétés de capitaux par les coopérateurs associés ? Si je mentionne cette possibilité qui peut paraître lointaine, c’est aussi parce que je crois important que le mouvement coopératif se donne un horizon qui ne soit pas enserré par, et parfois dans, l’idéologie dominante. L’économie sociale et solidaire est un ensemble d’expériences humaines et économiques non superposables, qui suivent une très grande amplitude. Il faut admettre les errements, les analyser avant de les juger, construire de nouvelles normes et faire coexister la plus grande diversité dans un même ensemble de penser et d’agir, celle précisément de groupes de personnes dont les conditions de formation psychologiques, culturelles, sociales, économiques, historiques et géographiques sont les plus diverses. L’économie sociale et solidaire est, inévitablement, à l’image de cette multiplicité, infiniment variée.

C’est à ce prix qu’elle peut prétendre constituer une alternative. À défaut, elle peut garder des niches et prévenir les agressions, ce qui n’est absolument pas méprisable. C’est simplement une grande désillusion. Mais il n’y a pas de raison qu’elle échoue : s’accorder sur un projet d’économie sociale avec la société civile, les petites et moyennes entreprises, les collectivités publiques et les salariés, c’est s’appuyer sur la société pour transformer l’économie.

Si l’économie sociale et solidaire fait l’effort de mobiliser ses membres pour innover, si elle fait l’effort de développer ses statuts, l’effort de mieux connaître ses fonctionnements propres et de faire reconnaître ses modes d’évaluation, si elle établit des partenariats avec les autres économies du travail, si elle s’allie avec les organisations des salariés pour acquérir et transformer les sociétés de capitaux, alors elle est en capacité de transformer la crise du capitalisme en une mutation au bénéfice de toute la société.

NF : Comment les coopératives peuvent-elles susciter une forte adhésion de leur milieu?

JFD : Elles le font déjà en partie. Mais certainement que l’adhésion serait plus forte si ces entreprises, notamment les coopératives agricoles, réinvestissaient leur territoire, se tournaient davantage au service de la communauté comme les y invite le 7e principe coopératif de l’Alliance coopérative internationale (ACI).

Par ailleurs, encourager l’intercoopération, sinon l’interconnaissance des différentes structures d’économie sociale sur un territoire contribue à accroître leur visibilité et leur légitimité auprès des habitants et des décideurs. En France, les Chambres régionales de l’économie sociale oeuvrent efficacement à ce décloisonnement et à cette reconnaissance de l’économie sociale dans les territoires. Depuis 3 ans, le mois de novembre est ainsi devenu le « mois de l’économie sociale et solidaire » à l’initiative de ces chambres régionales. Les acteurs locaux proposent des milliers de manifestations publiques, se font connaître. C’est l’occasion pour nos concitoyens de se rappeler que qu’ils sont tous (ou presque) sociétaire d’une banque coopérative, d’une mutuelle de santé, adhérent d’association… et que cela a un sens.

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Jean-François Draperi est maître de conférences au Cnam et rédacteur en chef de la Recma, www.recma.org
Derniers ouvrages parus : Parcourir sa vie, Se former à l’autobiographie raisonnée, Presses de l’économie sociale, nov. 2010,
L’économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoire et démocratie, éd. Dunod, oct. 2011

Déc 052011
 
En octobre dernier, Jean-François Draperi publiait L’économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoire et démocratie. Photo: Recma

En octobre dernier, Jean-François Draperi publiait L’économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoire et démocratie. Le rédacteur en chef de Recma, revue internationale de l’économie sociale souhaitait y « mesurer les limites de l’économie sociale et solidaire, présenter des pistes pour une critique du capitalisme, puis inviter à une mise en question radicale en proposant des voies de réflexion et d’action générale. » Rejoint par le journal Ensemble, il a confié sa vision des enjeux sur lesquels porteront la tournée de forums régionaux de l’Année des coopératives au Québec. Voici la première des deux parties de cette entrevue.

Nicolas Falcimaigne, journal Ensemble : M. Draperi, vous faites la critique du capitalisme tout en révélant les limites de l’économie sociale et solidaire. Quel est votre point de vue sur la démocratisation de l’économie ?

Jean-François Draperi : Démocratiser l’économie est une nécessité pour dépasser notre actuel modèle de développement, qui produit des ravages sociaux et environnementaux précisément parce qu’il échappe au pouvoir démocratique.

L’économie sociale et solidaire ne peut répondre aux enjeux de la société contemporaine sans établir des partenariats avec les autres économies s’appuyant sur le pouvoir des producteurs, des consommateurs ou des habitants d’un territoires, et non sur celui du capital : l’économie domestique (non marchande), l’économie de proximité des petites et moyennes entreprises et l’économie publique.

Ces économies – domestique, privée, sociale et publique – sont fondamentalement différentes, mais elles partagent une même raison d’être – l’activité et l’usage – et une même énergie – l’innovation. Des partenariats peuvent être développés, aussi bien au niveau des entreprises qu’à celui de leurs instances représentatives. Sous cet angle, l’économie sociale prolonge l’économie proprement privée – c’est-à-dire plus de 90 % des entreprises – en lui donnant les moyens de résister aux grandes entreprises. L’économie publique peut s’appuyer sur l’économie sociale pour certains services d’intérêt général.

Cela étant, démocratiser l’économie ne représente qu’un volet d’un processus général qui engage également la formation, la recherche et l’ensemble de la vie sociale et politique.

NF : Considérant la tendance à la baisse du taux de participation aux élections, pourquoi confier le contrôle des entreprises à la démocratie ?

JFD : Oui, les grandes coopératives bancaires ou les grandes mutuelles connaissent une érosion démocratique, la proportion de sociétaires impliqués dans les assemblées générales diminuant alors que les choix de la technostructure pèsent davantage dans les décisions. Mais il faut souligner que depuis la fin des années 1990, on observe une augmentation de la participation des membres dans plusieurs grands groupes. Le taux de votants aux assemblées générales augmente et une nouvelle génération de membres apparaît…

Par ailleurs, les grands groupes de l’économie sociale n’épuisent pas toute l’économie sociale. Et cette « loi d’airain de l’oligarchie » est observée dans le mouvement ouvrier depuis le début du XXe siècle. Est-ce pour autant qu’il faut décréter que la démocratie, toujours imparfaite, est définitivement un mode d’organisation politique et sociale irréaliste et qu’il faudrait qu’un petit nombre d’experts décide seul de la destinée d’entreprises dont l’activité est fondamentale en termes de cohésion sociale, de diminution des inégalités ou de continuité territoriale ?

NF : 92 entreprises coopératives se sont créées au Québec en 2010. Comment accélérer la démocratisation de l’économie ?

JFD : En France également, les créations de coopératives (toutes familles confondues) ne sont pas très nombreuses. Pour autant, je crois qu’on peut néanmoins affirmer que notre période se caractérise par une certaines effervescence créatrice. Cette créativité prend souvent la forme d’associations et non pas de coopératives. Mais au fond, les 1200 ou 1500 associations pour le maintien d’une agriculture paysanne qui se sont créées en France au cours des 10 dernières années sont des formes de coopératives de consommateurs et non des associations sans but lucratif. Que faut-il pour qu’elles deviennent des coopératives sur le plan juridique ?

Tout d’abord, me semble-t-il, simplifier les statuts, les rendre attractifs. Il est inconcevable qu’il se crée plus de coopératives de production – ce dont je me réjouis bien sûr que de coopératives de consommateurs, qui sont formellement bien plus aisées à concevoir, à financer et à faire vivre puisqu’elle n’exigent pas de fonds propres aussi importants que les coopératives de production.

Les autres enjeux, constants dans l’histoire, sont ceux de la formation et de la communication. La formation, c’est-à-dire tout à la fois, l’animation du sociétariat car les coopérateurs sont les meilleurs prescripteurs de la coopérative, la formation des  jeunes à l’école – et la rédaction de manuels par exemple, comme celui que nous avions rédigé il y a quelques années avec le soutien du Groupement national de la coopération (coopératives.coop : Les entreprises coopératives, créatrices de richesse et de sens) qui avait été adressé à 7000 enseignants de sciences économiques en Lycée. La formation des élus politiques, en particulier des élus locaux, des fonctionnaires territoriaux, la formation des acteurs syndicaux, des responsables de PME qui souhaitent céder ou transmettre leur entreprises, etc.

NF : Quelles sont les réponses les plus intéressantes apportées par l’économie sociale au problème de la dévitalisation des milieux ruraux, en termes de services de proximité et de circuits courts ?

JFD : On assiste à une véritable explosion d’innovations et c’est dans les départements les plus ruraux comme la Lozère, le Cantal, la Creuse (dans le Massif Central) que le taux d’emplois en économie sociale et solidaire est le plus élevé. Certaines vallées ne pourraient maintenir une population sur place sans l’économie sociale et solidaire. On observe dans le même territoire, regroupant quelques communes, des coopératives d’artisans – un magasin coopératif qui permet aux petits artisans de ne pas se préoccuper de la vente de leurs produits –, des coopératives agricoles qui collectent le lait, fabriquent et vendent le fromage,  des coopératives de production, des associations culturelles, sportives, de tourisme dynamiques, et associations de producteurs agricoles et éleveurs locaux qui proposent des produits de qualité en se regroupant, et bien entendu, comme partout maintenant en France, des AMAP.

Le développement des associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP) est certainement le fait le plus visible pour les urbains français aujourd’hui : autour des villes, les terres agricoles se font rares et très chères, les agriculteurs et consommateurs s’associent directement. Les « paniers », souvent bio, satisfont le besoin de qualité des seconds, dont l’engagement assure les revenus nécessaires aux premiers. L’accès à la terre s’avère très difficile pour de jeunes agriculteurs. Appuyé par la Nef, une banque coopérative et solidaire, un fonds d’investissement piloté par une association, Terre de Liens, se porte acquéreur de terrains et les loue en luttant contre la spéculation foncière.

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Jean-François Draperi est maître de conférences au Cnam et rédacteur en chef de la Recma, www.recma.org
Derniers ouvrages parus : Parcourir sa vie, Se former à l’autobiographie raisonnée, Presses de l’économie sociale, nov. 2010,
L’économie sociale et solidaire : une réponse à la crise ? Capitalisme, territoire et démocratie, éd. Dunod, oct. 2011

Nov 292011
 
Le mouvement d'occupation donne de l'audace aux organisations qui œuvrent pour le changement social partout sur la planète. Photos: N.Falcimaigne

Samedi de mobilisation à Montréal. Au lendemain de l’éviction des Indignés du Square Victoria, le second Sommet Génération d’idées (GEDI) et le premier Forum des Artisans du changement mobilisaient plus de 500 personnes. Pendant ce temps, une assemblée générale du mouvement Occupons Montréal réunissait également une foule considérable au pied de la tour de la Bourse. Ces trois visages du changement social se réclament d’une même volonté de passer des paroles à l’action.

La Place des Peuples (Square Victoria) avait pris un air sinistre en ce samedi matin. Un vent froid sifflait entre les arbres décharnés, qui se tiennent maintenant seuls là où, quelques heures auparavant, le petit village irréductible assiégeait encore la tour de la Bourse. « On est tristes, c’est notre maison qui a été détruite », confie Jeanne Létourneux, étudiante et membre de l’équipe de facilitation pour les assemblées générales. Pas pour longtemps : à midi, une assemblée générale s’y réunit pour planifier la poursuite du mouvement.

Occuper Montréal, sans camper

L’assemblée générale de samedi a décidé que des assemblées de quartier se tiendraient en plusieurs lieux tous les vendredis à 18h et qu’une assemblée générale hebdomadaire rassemblerait le mouvement sur la Place des Peuples le samedi à 12h, tandis que le dimanche serait consacré à la mise en action des décisions prises pendant ces assemblées.

Amir Khadir résume l’enjeu en entrevue vidéo:

Le député et porte-parole de Québec Solidaire, Amir Khadir, rencontré sur place, résume l’enjeu : « Comment peut-on vraiment penser qu’il y a une démocratie quand il y a des millions de gens qui peinent à survivre et une poignée de personnes qui possède des milliards de richesses et qui, non contents d’avoir le pouvoir économique, se sont emparés aussi de nos institutions démocratiques. C’est évident qu’il y a un message uniforme de la place Tahrir à la Place des Peuples, que le temps des dictatures est révolu, qu’elles soient militaires ou financières. »

Mme Létourneux, qui a animé l’assemblée, croit que le mouvement d’occupation donne de l’audace aux organisations qui œuvrent pour le changement social partout sur la planète. « C’est mondial, ça nous donne de l’énergie, on travaille ensemble. »

Les Artisans du changement s’organisent

Pendant ce temps, au pavillon des sciences de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), le premier Forum des Artisans du changement (ne pas confondre avec l’émission du même nom) réunissait 215 participants, soit plus du double des attentes du groupe de cinq organisateurs et de dix bénévoles à l’origine de l’événement. Encore une fois, la mobilisation est sur toutes les lèvres.

« On est un terreau, lance Marie-Françoise Bunod Gentil, co-organisatrice. On propose l’espace et l’information qui peuvent inspirer les gens pour qu’ils se mobilisent dans leur milieu et qu’ils organisent des groupes de transition et des jardins communautaires en permaculture. » Outre ces deux thèmes centraux, les participants ont pu découvrir le leadership collaboratif, les écocommunautés et l’alimentation vivante, autant de sujets généralement peu connus par le grand public.

Marie-Andrée Mathieu, maraîchère du Potager enchanté, est venue d’Amqui en Gaspésie pour participer à ces discussions. « On sait qu’il va y avoir des changements… Comment nous, les humains, pourrons nous adapter pour survivre ? Ici, il y a des pistes, des outils et surtout du réseautage. On trouve dans cette journée la force de retourner chez soi avec une force d’amorcer ou de continuer des gestes concrets de changements positifs dans nos communautés. »

Génération d’actions, la suite

Toujours dans le même quadrilatère, au Palais des congrès, plus de 300 jeunes s’étaient rendus au second sommet Génération d’Idées. C’est à partir des conclusions du premier sommet, tenu à la même date l’an dernier, que les participants étaient invités à élaborer des solutions concrètes pour passer à l’action et s’engager à le faire. « Nous analysons ces questions-là avec nos propres yeux et on adopte des solutions qu’on peut mettre en œuvre nous-même », a témoigné Fimba Tankoano, participant.

D’autres participants ont déploré que les questions à discuter aient déjà été choisies, en fonction des échanges de l’an dernier. « J’ai quitté mon atelier de ce matin parce que c’était trop orienté », dénonce Martin Poirier, militant contre l’exploitation des hydrocarbures. L’atelier Ressources naturelles était régi par la question « Quel modèle pour l’exploitation des hydrocarbures et du minerai : nationalisation ou redevances ? », alors que l’exploitation elle-même ne fait pas l’objet d’un consensus au Québec.

Pour Suzanne Tremblay, mentor, il s’agit surtout d’une occasion d’écouter ce que les jeunes ont à dire. « Je trouve ça très stimulant de voir des jeunes, qu’on croit souvent cyniques et peu engagés, consacrer une fin de semaine pour réfléchir, discuter d’idées, chercher des solutions et les proposer. » Le rôle de mentor consiste à aider les jeunes participants à préciser leurs idées de solutions, en fonction de la réalité et de l’expérience acquise par les mentors dans l’espace public.

C’est à la tête d’une équipe d’une vingtaine de bénévoles que Paul St-Pierre-Plamondon a organisé ce deuxième forum. « On arrive à la limite du bénévolat », confie-t-il, essoufflé. Il faudra sans doute créer une organisation pour porter Génération d’idées vers l’avenir. Questionné sur les événements de la Place des Peuples, le jeune avocat salue le fait que les Indignés sont catalyseurs de changement et souligne que ce qu’ils disent est fondé, tout en précisant que l’approche GEDI n’est pas dans l’indignation. « On n’est pas dans la colère, on est à la recherche des solutions, mais il y a une complémentarité. Il y avait sept millions d’indignés au Québec quand on a appris le scandale de la construction », rappelle celui qui a lancé l’Opération balai devant l’Assemblée nationale.

Nov 252011
 
Simon-Olivier Côté, président et co-fondateur de la Coop V.E.R.T.E., est venu dire aux nombreux jeunes présents qu'il y a moyen de s'impliquer pour avoir une expérience de travail qui rejoint leurs valeurs. Photo: N.Falcimaigne

Les coopératives ont une longueur d’avance face à la crise écologique et démographique. C’est la trame de fond qui se dégage du Forum coopératif tenu aujourd’hui à l’Hôtel Chicoutimi et organisé par la Coopérative de développement régional (CDR) Saguenay-Lac-Saint-Jean/Nord-du-Québec. En favorisant la participation des jeunes, la CDR a aussi voulu illustrer cette tendance. Près du tiers de 160 participants sont des étudiants du Cégep de Chicoutimi venus découvrir le monde coopératif de leur région.

Louis Favreau, sociologue, s’est montré particulièrement radical en conférence d’ouverture. Les pistes de sortie de crise qu’il a lancées témoignent d’une approche globale : « se battre pour la démocratisation de l’économie, repenser le social et renouveler l’État social, se mettre radicalement au vert, construire un mouvement citoyen international et intensifier la solidarité Nord-Sud ». André Martin, professeur associé à l’IRECUS, a pour sa part souligné que le changement de paradigme qui se prépare s’inscrit dans une tendance historique à long terme.

Pour Dominic Deschênes, directeur général de la CDR, le contexte de crise multiple (économique, sociale, écologique etc.) favorise les organisations qui peuvent s’adapter aux changements, ou même les provoquer. « C’est un peu comme si on était en train de rebrasser les cartes, et on dirait que la nouvelle donne est taillée sur mesure pour les coopératives ». Le mouvement coopératif, précise-t-il, englobe déjà les aspects économique et social. Troisième aspect du développement durable, l’écologie correspond déjà aux principes coopératifs, ce qui place le mouvement à l’avant-garde.

Intégration des jeunes au travail

Les valeurs coopératives correspondraient également avec celles des nouvelles générations, plus versées dans la solidarité, le travail d’équipe et l’ouverture, dit le président et co-fondateur de la Coop V.E.R.T.E., Simon-Olivier Côté. En participant au panel du Forum, il est venu dire aux nombreux jeunes présents qu’il y a moyen de s’impliquer pour avoir une expérience de travail qui rejoint leurs valeurs. « Pour leur part, les moins jeunes gagneraient à changer leur approche pour s’adapter aux nouvelles générations, plutôt que de demander aux jeunes de s’adapter à leur modèle établi. » Participer au processus décisionnel, dans une coop, permettrait aux jeunes de répondre à leur incessante question en contexte de travail : « pourquoi? ».

Le Forum coopératif a été l’occasion de souligner le centième anniversaire de la Caisse Desjardins de Chicoutimi en lui décernant l’Ordre du mérite coopératif, mais aussi de constater que de nouvelles coopératives ont vu le jour dans la région pour répondre à des enjeux très concrets. La Coop V.E.R.T.E. S’inscrit dans une tendance de tourisme durable tout en fournissant un projet rassembleur pour les jeunes de Saguenay, la Coopérative de solidarité Nord-Bio répond à une nécessité de sensibiliser les consommateurs à l’agriculture biologique, alternative en croissance au Lac-Saint-Jean, et la Coopérative de solidarité Le Brûlot fournit un lieu de rassemblement et d’animation du milieu à Chibougamau.

« Berceau de la coopération, le Saguenay-Lac-Saint-Jean pourrait être un fer de lance du renouveau de la coopération », conclut Hélène Simard, présidente-directrice générale du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité.