Juin 112024
 

Venue de loin au terme de moultes voyageries par-devers le monde, des Patagonies jusqu’aux Aléoutiennes et des rivages de la mer Noire jusqu’à ceux de Madagascar et des Indochines, la jeune Mélina Bérubé avait tourné le dos à sa vie de backpack, descendu sur le pouce la 132 et remonté la 293 pour enfin s’établir dans le manoir familial de Saint-Jean-de-Dieu. L’héritière désignée par les grandes feuilles du notaire Thériault ne se doutait guère de tout ce dont les murs en lattes de bois vernis de ce manoir avaient été témoins. Cette guerre de clochers entre les Beauchemin et les Bérubé avait été comme une guerre totale pour la petite bourgade des Trois-Pistoles et des haut-pays qui drainent la Boisbouscache, la Sénescoupé et les Sept-Lacs. Ce que nul ne soupçonnait, c’était à quel point les Bérubé s’étaient chamaillés entre eux! Eux si discrets. Ils s’étaient tant entredéchirés qu’après avoir désintégré le clan des Beauchemin, les Bérubé s’étaient eux-même dispersés à leur tour. Le Manoir était resté silencieux. Fille des deux clans, Métisse, Mélina tenait de ses deux parents le farouche désir de paix qui avait tenu Eugénie Beauchemin et Benjamin Bérubé à l’écart de ces troubles, bien à l’abri dans le shack du lac Sauvage. Oh oui, comme elle souhaitait enterrer pour de bon ces histoires anciennes qui puaient à plein nez le sale colonialisme d’éviction du Petit-Canada et le mesquin capitalisme sauvage du déboisement et de l’exploitation du petit peuple. Rien de bon ne pouvait sortir de cet héritage que si on le brûlait à feu vif. Et c’est ce qu’elle fit. Des vieux bois de grange jusqu’aux portraits anciens, de la grande table de la salle à dîner jusqu’au moindre sommier, les agrès de tout ordre trouvés sur les lieux, tout excepté les bâtiments, tout fut brûlé dans les hauts fourneaux funéraires des meilleurs salons de la région, et les cendres furent dispersées du haut du pont des Trois-Roches dans les flots agités de la rivière de Trois Pistolets. Ensuite, afin de sceller la paix, elle fit brasser de cette même eau de la rivière La Bérubière, blonde dorée au parfum délicat de la paix retrouvée. Aujourd’hui, grand jour de la Bastringue d’automne, son cher cousin Bouscotte est même descendu de la grand’ville pour trinquer avec elle. Cette grande fête, où la douce bière dorée coule à flot des barils, verra danser valses, gigues et rigodons sous les pieds villageois jusqu’au cœur de la nuit!