Mai 112024
 

C‘était dans le temps des diables et des curés. Ce diable-là avait trouvé curé à sa mesure. Né on ne sait où, il s’était vu confier la paroisse maudite des Trois-Pistoles. C’était l’époque des grandes rébellions patriotes dans les terres sauvages de cette Nouvelle-France déchue depuis peu et soumise aux colonisations de tout bord tout côté. Les Trois-Pistoles ne faisaient pas exception. Comme ce fut le cas lors des émeutes de 2012, déjà en mil huit cent quarante quelques, la petite localité se faisait l’écho en miniature des grandes luttes de son temps, des rives du Saint-Laurent à celles de l’Europe. Était venu le temps de construire une plus grande église pour cedit curé mal pris avec ses nombreuses ouailles plus ou moins égarées de la revanche des berceaux. Les notables, établis sur la pointe près de la mer, les premières terres défrichées dans la nuit des temps du siècle passé, voulaient comme de raison que la nouvelle église fût bâtie en bas, près de chez-eux. C’était compter sans le nombre écrasant des nouveaux habitants établis en haut de la côte, qui réclamaient à grands cris une grande église sise sur le coteau. Le colonisateur anglais ayant pactisé avec l’Église pour lui conserver son droit de culte en promettant de gérer les élites colonisées et le peuple vivotant sous icelles, le curé n’avait eu d’autre choix que celui de se ranger derrière les notables et d’ordonner la construction de l’église d’en bas. Quand fut bien entamé le chantier de cette dite troisième église, un groupe de rebelles entrepris de bâtir sa propre église. Le diable jubilait dans sa barbe fourchue, si bien qu’un incendie ravagea bientôt l’ancienne chapelle abandonnée. Les rebelles multipliaient les démarches auprès de l’évêque pour faire bénir leur nouveau lieu de culte. Ils eurent finalement raison du désordre établi. Leur hardi bâtiment étant trop artisanal, une majestueuse presque cathédrale fut érigée là où la neige d’août était tombée, réconciliant riches et pauvres dans un saint orgueil salutaire. Le diable, pour se venger, pris la forme d’un cheval noir et fit en sorte qu’il manque encore à ce jour une pierre au haut d’un mur de l’église, mais ça, c’est une autre histoire…