Août 142019
 

Vous pouvez maintenant vous procurer mon roman en version électronique, régulière ou limitée dans la toute nouvelle boutique en ligne du Caveau des Trois-Pistoles, la Bouquinerie du Caveau!

Il me fera plaisir de dédicacer personnellement chaque ouvrage papier vendu et expédié directement à votre adresse.

«Toi qui t’apprêtes à parcourir ces pages, saches qu’elles t’apporteront plus que tu ne le penses.

Au-delà de tout le non-dit et entre les lignes de ta propre pensée, un Québec nouveau, inconnu de lui-même, est en train d’émerger.

Ce livre-récit en est le témoin.

Dans ce pays, transcendant du non pays où surviennent sans l’avouer de grandes migrances intérieures alors que ses propres ressortissants-sauvages ou domestiqués, urbains ou périphériques-passent pour des allogènes, une voix surgit soudain entre travailleurs agricoles et artisans bièricoles

Entre la quête amoureuse par la terre et l’amour cherchant à faire terre, la mer en navigue s’immisce. Ne vous fiez pas trop au sous-titre inspiré et invitant…Epopée en morceaux épars et bribes égarées, car Eléas veille pour établir un nouveau chenal et tracer un sillage rassembleur d’un Québec faussement marginal qui se rêve et se métisse au centre même de sa légende en devenir.»

Jean Morisset

«Une oeuvre épormyable qui révèle tout un nouveau monde»

Victor-Lévy Beaulieu

Avr 012019
 

Un brassin spécial du Caveau des Trois-Pistoles sera lancé prochainement, pour célébrer les 93 ans de carrière de l’écrivain Victor-Lévy Beaulieu. Les brasseurs qui ont racheté son théâtre pour en faire leur lieu de production ont patiemment élaboré une recette avec infusion de pages de livres.

Diego Marasco avec en main le premier test de la bière au papier et Nicolas Falcimaigne tient le fameux premier livre de Victor-Lévy Beaulieu qui ira dans le brassin limité. (photo: Frederic Moisan)

Diego Marasco avec en main le premier test de la bière au papier et Nicolas Falcimaigne tient le fameux premier livre de Victor-Lévy Beaulieu qui ira dans le brassin limité. (photo: Frederic Moisan)

«On peut faire toutes sortes d’assemblages, explique l’artisan Nicolas Falcimaigne, lui-même écrivain à ses heures. Par exemple, ici, nous avons choisi des pages du roman L’Héritage, de la pièce de théâtre La Guerre des clochers et aussi quelques scripts originaux du téléroman Bouscotte. Sans oublier, bien sûr, des pages de la première édition épuisée du premier roman de VLB, Mémoires d’outre-tonneau (L’Estérel, 1968).»

Le Caveau des Trois-Pistoles est déjà bien connu pour ses «bières d’inspiration», qui invitent à des accords bières et livres. «La Pistoloise, rousse irlandaise, se savoure particulièrement bien avec la dense écriture de James Joyce, le Québec, les mots, de VLB, souligne le brasseur et copropriétaire Diego Marasco. Mais moi j’aime bien aussi lire Eduardo Galeano en dégustant une bonne Bavarde, ajoutet-t-il.»

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Déc 192016
 

Les patates en poudre, on n’en parlera plus après Noël. Les être humains qui peuplent les CHSLD continueront de manger de l’austérité, bien sûr. Mais pour nous, le grand public, cette poudre aux yeux n’aura pas fait long feu.

Il faut donc, avant qu’il soit trop tard, que je vous raconte mon anecdote de patates en poudre, qui s’est passée à l’aéroport de Mirabel – qui a pris sa retraite et qui probablement se nourrit très mal depuis ce temps-là.

J’avais seize ans. Loin, très loin de l’âge de ceux et celles que l’État nourrit mal aujourd’hui. Et pourtant, j’avais fui cette contrée. J’étais retourné aux sources puiser mon éducation à la France natale de mes parents. Entre autres parce que le système d’éducation d’ici est très, très, malade. Comme celui de la «santé».

Ma maman, qui était née vraie Parisienne mais qui ne l’était plus, avait elle aussi fui sa contrée bourgeoise pour vivre au Québec cette vie plus libre et plus simple que sa famille n’a jamais bien comprise.

Elle a donc suivi mon papa, ce bohème issu des quartiers populaires en quête d’une vie trépidante, et ce duo improbable a mis le pied en Amérique.

Ma maman aimait autant le Québec qu’elle détestait le Tout-Paris. De temps à autre, elle était tout de même en proie à d’indicibles relents de nostalgie, qui lui faisaient dire qu’ici, il n’y a pas de vrai fromage, ou qu’ici, il n’y a pas de vraie bière. Je caricature à peine: c’était les années 80. Le désert alimentaire.

La décennie d’après, j’étais donc en train de préparer mes bagages pour rentrer à la maison après une année de lycée très français et très classique, quand soudain, le téléphone sonne de cette sonnerie exotique européenne. Fébrile au bout du fil, ma maman me demande de lui rapporter quelque chose de précieux. Quoi? Du champagne? Du foie gras? De la mimolette? Non.

Elle me demande de lui rapporter de la purée Mousline, saveur de sa jeunesse. Aucune idée de ce que c’est. Ma tante m’instruit. C’est une purée de pommes de terre lyophilisée, vendue en épicerie.

Et nous voilà dans les rayons du magasin E. Leclerc. La purée Mousline se vend en boîte de carton. Chaque boîte contient des sacs aluminés contenant la précieuse et mystérieuse substance.

Alors je débarrasse le produit de sa boîte en carton, et je place soigneusement les sacs aluminés dans ma valise. Puis, je prends l’avion, dégustant l’ivresse du retour dans ces terres de liberté sauvage et capitaliste.

En débarquant du transbordeur (pour les ceusses qui n’ont pas connu Mirabel, cet aéroport d’avant-garde, il s’agit des autobus-ascenseurs qui nous embarquent pour une virée sur le tarmac et nous hissent vers la porte de l’avion ou inversement), je me hâte vers ces guichets de plastique jaune moulé que hantent les constables des douanes en quête de votre passeport pour l’étamper soigneusement.

«Rien à déclarer?» Je suis toujours fébrile à ce moment-là. Jamais rien eu à ne pas déclarer, mais n’empêche que c’est intimidant. Je tends mon passeport en affectant un air assuré et le récupère aussitôt, intact et tamponné.

Je me dirige vers l’attente interminable de la valise. Chose rare, le bagage arrive rapidement. Ne me reste plus qu’à rejoindre la maman qui m’attend de l’autre côté du corridor. Je sais qu’elle est là: elle m’a envoyé la main du haut de l’étage où la baie vitrée donne à voir les arrivées aux badauds.

«Please follow me.» Mon anglais approximatif de l’époque ne me fournit pas grand souvenir du propos du douanier, sauf qu’il m’a parlé en anglais dans les deux langues officielles et que j’étais pétrifié.

Il me fait ouvrir ma valise. Stupéfaction. Un des sacs d’aluminium s’est ouvert pendant le voyage; voilà toute sa cargaison de poudre de patates qui jonche mes vêtements. Plein de belle poudre blanche répandue dans ma valise.

C’est toute une surprise pour moi, car je n’avais aucune idée de la matière qui se cachait dans les sacs en miroir qui n’avaient daigné refléter que mon visage quand je les avais examinés avant de partir. Je m’inquiète d’abord pour mes vêtements et pour la perte de patates que cela représente pour ma maman. Voilà un beau gâchis.

Mais en tournant mon regard vers le sévère douanier, je comprends que son souci est tout autre. Ha ha! Bien sûr, des sacs en aluminium qui contiennent de la poudre blanche. C’est suspect!

«It’s potatoes», que je lui dis. «Taste it! Taste it!»

Le ridicule de la situation m’arrache un rire nerveux. Va-t-il me croire? Vais-je finir la journée – ou ma vie- en prison?

Il affecte un mouvement de recul. Toujours il me toise de son œil impassible. Alors je prends un peu de poudre blanche dans ma main et je la goûte devant lui. «Trust me, it’s potatoes. Want some?»

Il n’a pas goûté. Il a fermé ma valise et me l’a rendue, puis il m’a raccompagné vers la sortie.

Je pense qu’il s’est moqué de moi. Il savait bien que c’étaient des patates en poudre. Sinon, ses chiens auraient réagi.

Je pense qu’il s’est moqué de moi comme se moque de nous ce gouvernement. Ce gouvernement se moque de nous tous, et de ma mère qui, un jour, devra bien recevoir des soins, et donc, des patates en poudre?

Ils se moquent tellement qu’ils font des spectacles où le ministre Barrette déguste à nos frais des repas de CHSLD sous les projecteurs. Bientôt, va-t-on nous offrir à voir la baignade du ministre des Ressources naturelles dans un lac minier contaminé, ou le mois du ministre de la Solidarité sociale avec 399 $ dans ses poches?

Une infime fraction de l’argent qui s’envole dans les paradis fiscaux, dans les valises des plus riches, pourrait payer de vraies patates bio et des grands cuisiniers à tous les CHSLD.

Avec une taxe de 1 % sur les profits des banques, on pourrait offrir l’éducation gratuite.

De raisonnables redevances minières nous vaudraient un système de transport rapide entre les régions du Québec.

Mais ce gouvernement se moque de nous.

Parce que ce gouvernement ne travaille pas pour nous.

Nov 292014
 

QUÉBEC – Vous ne m’en voudrez pas, j’espère… Aujourd’hui, je n’ai pas couru le marathon devant la bannière de tête pour prendre et reprendre de l’avance sur le flot populaire. J’ai réussi à m’empêcher de grimper dangereusement sur le mobilier urbain pour saisir «la shot» de cette manifestation monstre contre l’austérité. Je n’ai pas interrogé les leaders sociaux tout en marchant et en gérant caméra et prise de son. J’ai demandé une photo à un collègue plutôt qu’en prendre une moi-même. Je n’ai pas fait de reportage vidéo à toute vitesse. Suis-je malade? Burnout? Est-ce que j’ai choké? Non, aujourd’hui, j’ai été un manifestant. Parce que l’austérité, nous les journalistes indépendants, on connaît ça. On la vit au quotidien.

Voulons-nous d'une société où les services essentiels, comme le journalisme, seront payés par la publicité et la charité, pendant que nos impôts financent les multinationales? Non. Alors j'ai marché et crié des slogans, en brandissant mon kodak en guise de pancarte. Photo: Luc Renaud

Voulons-nous d’une société où les services essentiels, comme le journalisme, seront payés par la publicité et la charité, pendant que nos impôts financent les multinationales? Non. Alors j’ai marché et crié des slogans, en brandissant mon kodak en guise de pancarte. Photo: Luc Renaud

En fait, le journalisme indépendant, c’est l’austérité. L’information, c’est un bien commun qu’on a complètement abandonné aux lois du marché. Ça donne une idée de ce que sera notre société après le démantèlement actuel. Alors j’ai marché en criant des slogans, brandissant mon kodak en guise de pancarte. Confidence: j’écris même ce texte d’avance, pour pouvoir jaser avec le monde pendant le retour en autobus, au lieu de faire du montage, de la rédaction ou du traitement photo. Lire la suite »

Sep 182014
 
CACOUNA —Les travaux de forage ont été interrompus pendant la majeure partie de la journée hier à Cacouna. Malgré une météo favorable, la compagnie Transcanada a dû suspendre ses sondages géotechniques en raison de la présence persistante d’un groupe de petits rorquals. Ensemble a obtenu plus de mille photographies de baleines prises pendant toute la journée par l’observateur Mikaël Rioux, qui tient une vigile du site depuis le premier jour des travaux. Nous en avons sélectionné une douzaine.

Au cours des derniers jours, les conditions imposées par le certificat d’autorisation du ministère de l’Environnement se sont précisées. Selon nos sources, c’est la présence de tout «mammifère marin», qu’il soit béluga, petit rorqual ou autre, dans la zone d’exclusion de 540 m qui doit déclencher l’arrêt des travaux.

Les barges de forage peuvent être déplacées par deux remorqueurs deux fois par semaine et un seul aller-retour est permis entre le port et les barges. C’est un des deux remorqueurs qui doit assurer le transport du personnel matin et soir. Les travaux doivent se faire entre 7h et 18h.

Transcanada transgresse les règles

Le 14 septembre, plus de cinq allers-retours ont été constatés par l’observateur Mikaël Rioux, photos à l’appui. Le 17 septembre, M. Rioux a pris plus de mille photos de petits rorquals et même d’un béluga qui ont occupé la zone d’exclusion pendant la majeure partie de la journée, causant l’arrêt des travaux.

À la lumière de ces faits, des groupes de citoyens ont déposé une seconde requête en injonction pour obtenir l’arrêt définitif des travaux. La cour s’est saisie de ce dossier cette semaine.

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Juin 132014
 
Trois-Pistoles — Un autobus blanc a déposé les enfants au bout du chemin. Les voilà qui dandinent entre les trous d’eau et qui me font des grands signes de la main, au loin. Parfois, l’autobus va jusqu’à remonter la longue allée pour les déposer au pied des marches de la galerie, lorsqu’il fait moins beau. C’est l’autobus du Transport collectif des Basques (TCB). Un ingrédient essentiel à ma vie «avec pas d’char».

Trop longtemps, je vous ai laissés sans nouvelles après le premier épisode de ce défi… mais ce temps-là a permis de mûrir les meilleures solutions pour le relever. Bientôt, je crois bien que je pourrai tenir parole et faire sortir de ma cour ce rutilant véhicule à essence qui m’a tant et si bien servi. Est-il possible de prendre l’autobus de la ville en campagne? Je l’ai testé pour vous.

Dans la plupart des régions du Québec, vivote un service de transport collectif. Souvent relié au transport adapté, comme ici, ou aux taxis, selon les ententes et les besoins du milieu, le transport collectif tente de briser l’isolement des personnes qui n’ont pas d’automobile, dans nos vastes espaces ruraux.

Réinvestissement dans le transport collectif

Avant de perdre les élections, le ministre des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire avait annoncé dans sa Stratégie de mobilité durable qu’il augmentait l’aide au transport collectif régional «pour la porter à 9,5 millions de dollars en 2014-2015 et à 40 millions pour l’ensemble de la période 2015-2020».

Ce jour-là – mémorable lundi 10 février – les enfants et moi avons pris notre carte du Transport collectif des Basques (TCB). Fierté et émotion.

Sur réservation

À mes amis du Mile-End, il a fallu que j’explique que non, il n’y a pas un autobus par 10 minutes qui passe dans mon rang. Il faut réserver un jour d’avance, et il n’est pas garanti qu’un transport soit disponible. La répartitrice tente d’organiser un transport sur demande, mais le service de transport adapté est prioritaire, et il faut avoir la chance de se trouver sur sa route.

En expliquant bien mon besoin à l’équipe créative du TCB, j’ai obtenu l’engagement d’un aller-retour par semaine entre ma maison et Trois-Pistoles, à 7 minutes de voiture, pour 5,50$. L’autobus transporte aussi les enfants au retour de l’école, parce qu’ils n’ont pas de transport scolaire l’après-midi (ils vont à l’école d’un village voisin, qui risquait de fermer, mais ça c’est une autre histoire…).

Vie urbaine

Une journée par semaine, j’adopte donc un mode de vie digne du Plateau: portable sous le bras, je prends l’autobus qui me dépose au «centre-ville», et je vais travailler au très branché café Grains de folie. Puis, je vais faire mon épicerie à la coop IGA, qui a accepté de livrer dans mon rang pour la modique somme de 10$.

Bien sûr, l’été, je fais tout ça en vélo, mais le TCB est essentiel le reste du temps, parce que le vélo d’hiver dans mon rang glacé, c’est un peu extrême.

Bon. Un transport par semaine, direz-vous, c’est tellement dix-neuvième siècle.

Même avec beaucoup d’organisation, de prévoyance et de patience, le TCB ne peut pas être ma seule solution, à moins de rester en transit plusieurs jours à Trois-Pistoles avant de prendre mon train, par exemple. Si pratique en cas d’urgence, le taxi reste hors de prix pour les besoins quotidiens.

Il faudra un système de covoiturage. Mais ça, c’est pour un prochain épisode…

Fév 272014
 
Sorel-Tracy — «Le monorail à grande vitesse est un projet d’envergure mondiale», s’est exclamé Bernard Landry, à l’occasion d’une conférence prononcée le 19 février dernier, à l’invitation de la Chambre de commerce et d’industrie Sorel-Tracy métropolitain (CCISTM). L’ex-premier ministre du Québec s’exprimait en tant que membre d’un nouveau groupe promoteur du projet de monorail, MGV Québec. Présidé par Dominique Bouchard, ex-président de Rio Tinto Fer et Titane à Sorel, cet organisme à but non lucratif (OBNL) souhaite que le projet de monorail relance l’économie de la région, avec le soutien des élus locaux. Mais il n’a pas d’entente avec TrensQuébec, qui fait la promotion du projet avec son inventeur Pierre Couture depuis plusieurs années.

En novembre dernier, le gouvernement du Québec a annoncé sa Stratégie d’électrification des transports, qui prévoit confier à une «firme externe indépendante» une étude préliminaire sur le projet de monorail à grande vitesse (MGV), suivie d’une étude de préfaisabilité. Ces études permettront de «déterminer la possibilité ou non de s’engager dans un tel projet», précise le document de la Stratégie, qui attribue 200000$ à la première étude. Le gouvernement est actuellement en train d’évaluer plus précisément le budget nécessaire et d’établir le cahier de charges, indique Daniel Breton, adjoint parlementaire à la première ministre pour le volet électrification des transports.

Firme externe indépendante

«On sait que le gouvernement veut aller en appel d’offres pour réaliser ces études-là, et on s’est associé à différents acteurs majeurs pour pouvoir être crédibles», souligne Dominique Bouchard, président du conseil d’administration de MGV Québec, qui souhaite réaliser à la fois les études de faisabilité et le projet lui-même. Or, cette intention placerait le groupe en conflit d’intérêts, selon Daniel Breton: «un promoteur qui fait une étude, je vois difficilement comment il peut être indépendant».

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Déc 042013
 

Les Mi’kmaq d’Elsipogtog s’opposent à la fracturation hydraulique. Les Mohawks de Kanehsatà:ke veulent bloquer l’oléoduc d’Enbridge. Les Malécites de Cacouna font face au projet de terminal pétrolier de TransCanada. Les Innus ont marché contre le Plan Nord et assistent maintenant à la reprise de l’exploitation minière à Schefferville. Même le gouvernement du Québec peine à faire adopter une nouvelle loi pour tenter d’encadrer ce secteur. Pendant que s’enrichissent les multinationales, la tragédie des Premières Nations prend un nouveau visage, qui les place à l’avant-garde de la lutte pour le sauvetage des écosystèmes et du bien commun. Le journal Ensemble s’est rendu à Schefferville, à la rencontre de la blessure identitaire, à la recherche d’une réponse collective.

Il faut prendre le train pendant plus de treize heures pour traverser le Nitassinan, territoire ancestral des Innus, sur les quelque 600 km qui séparent Sept-Îles de Schefferville. Tout droit vers le Nord, la ligne ferroviaire se poursuivra bientôt jusqu’à Kuujjuaq. La reprise des mines et le développement du Plan Nord dopent les infrastructures, mais les trains de minerai ont toujours la priorité sur ceux des humains.

Essimeu «Tite» McKenzie, Innu de Matimekush, est retourné sur les lieux du tournage du film Une tente sur Mars pour livrer le fond de sa pensée.
Vidéo: Nicolas Falcimaigne

La boom town fourmille de gros pick-ups qui zigzaguent dans les rues entre les cratères hérités des trente ans d’abandon. Depuis la fermeture des mines en 1982, la communauté innue de Matimekush/Lac-John a été isolée. Schefferville a même été fermée quelques années et sa population expropriée, sous le gouvernement de Robert Bourassa. C’est dans un milieu déstructuré que les mines ont été relancées en 2011.

«Il y a trois ou quatre ans, tu voyais un pick-up passer à toutes les heures. Maintenant, t’as des chars qui valent 40000$, des quatre portes», illustre Essimeu «Tite» McKenzie. Innu de Matimekush, il a été le protagoniste principal du film Une tente sur Mars, qui brossait en 2009 le grinçant portrait de la désolation interminière.

Tout droit vers le Nord, la ligne ferroviaire se poursuivra bientôt jusqu’à Kuujjuaq. La reprise des mines et le développement du Plan Nord dopent les infrastructures, mais les trains de minerai ont toujours la priorité sur ceux des humains.
Photo: Nicolas Falcimaigne

M. McKenzie a connu 1982. Il redoute déjà la fin de l’actuelle relance. «Ça c’est des gens qui comprennent quoi? Je sais pas, moi. Il y en a qui disent qu’en 2018, ça va être fermé. Il y en a qui disent en 2022. Ils construisent parce qu’ils savent qu’en deux ans ils vont avoir ce qu’ils ont investi. Une fois la mine arrêtée, on va faire un documentaire: Une tente sur Pluton, en 2022.»

Rares sont les Innus comme lui, prêts à s’exprimer ouvertement. Une loi du silence règne, alors que quotidiennement se côtoient travailleurs et non-travailleurs miniers, élus, Innus sédentarisés, Blancs natifs, Métis. Tous sont attachés au destin de Schefferville et de ses mines.

Jamais ne s’arrête l’extraction dans ce chantier pharaonique.
Photo: Émilien Falcimaigne

«Les camions qui circulent, c’est des 25 tonnes, des 34 tonnes. Ils sont payés combien?», s’interroge M. McKenzie. «Ils s’en fichent de ce qui va arriver à nos petits enfants. Tout ce qui compte, pour eux autres, c’est leurs petits enfants. Ils viennent de Montréal, Toronto, États-Unis. Mais nous, ils vont nous lâcher. Puis avant de partir, ils vont pleurer, tandis qu’on va être ici, nous autres, sans pleurer. Ils vont pleurer devant la caméra.»

Pour ou contre?

François Durette, prospecteur indépendant, est né à Schefferville d’un père soudeur et d’une mère enseignante. Selon lui, la communauté est divisée. «Il y en a qui sont pro-mines, mais il y en a qui sont complètement contre.» Ceux qui sont pro-mines, c’est parce qu’ils y trouvent du travail, admet-il. «Il y a aussi l’histoire que ça empiète sur certains territoires de pêche et de chasse. Ça a certains impacts négatifs, c’est sûr.»

L’accès aux sites abandonnés est restreint, mais la circulation des Innus est tolérée.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Un Innu, qui a requis l’anonymat et que nous appellerons Sam, rappelle que «pour l’acceptation sociale, au niveau de Matimekush/Lac-John, 52% des gens ont voté. Les gens qui ne voulaient rien savoir [de la mine], ils n’ont pas voté. 52% ont dit oui et 48% ont dit non. Si le monde qui était silencieux avait voté, ça n’aurait pas passé.»

Impact social

«Les employés des mines qui ne viennent pas d’ici, ils n’ont pas le droit de sortir en ville, a confié un travailleur minier innu qui ne souhaite pas être identifié et que nous nommerons ici Mat. Il y a eu des problèmes un peu avec le harcèlement, harcèlement sexuel surtout. Les gars viennent ici, deux trois semaines en ligne. Ils sortent, puis ils veulent se ramasser une p’tite fille.»

La mine a apporté son lot de problèmes sociaux à la communauté innue. «Il n’y avait pas d’argent ici avant, rappelle M. McKenzie. Quand l’argent est arrivé, la drogue est arrivée, la consommation de substances est arrivée.» Mat est passé par là: «C’était chaque fin de semaine, c’était des mille piastres, man, que je dépensais. Parce que je gagnais beaucoup et j’étais capable, moi, de fournir dix personnes pour une fin de semaine à pas dormir et juste boire. J’achetais aussi de la drogue.»

La mine a apporté son lot de problèmes sociaux, également à la communauté des Naskapis de Kawawachikamach, à quelques minutes de route de Schefferville.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Colonialisme nouveau genre

«Le colonialisme, c’est exactement ce qu’on vit avec l’exploitation des mines, ajoute Sam. De l’autre bord de la terre, les Indiens et les Chinois ont besoin des ressources. Présentement, ça nous affecte ici dans le nord, mine de rien. Le colonialisme, ce n’est plus le pouvoir politique qui le fait, c’est le pouvoir économique.»

Des millions de dollars sont investis dans la structure de production en construction. Le train passera sous ce dôme et repartira chargé de boulettes de fer.
Photo: Émilien Falcimaigne

«Pour l’instant, toutes les mines sont au Labrador, mais pour les Innus, la frontière Québec-Labrador, ça n’existe pas, explique-t-il. Il y a des projets d’exploration, mais pas de mine à court terme. On a des ententes entre les compagnies minières et les quatre nations innues.» C’est loin du Klondike: «Les profits vont aux compagnies, dénonce Mat. J’ai vu des chiffres. Avec un seul mois de profit, on rénoverait toute la ville.»

Le spectre de la ville-fantôme

François Durette s’est mobilisé contre l’expropriation dans les années 1980. «On a formé un comité de citoyens dont j’étais le président. Les premiers négociateurs du ministère qui débarquaient ici, ils donnaient des montants dérisoires. Avec les avocats, on a eu un peu plus, mais on a perdu nos maisons pareil. Quand ils ont décidé de ne pas fermer, c’était quelques années après. Et nous autres, on était partis et éparpillés à la grandeur de la province.»

François Durette pose dans sa serre, probablement la plus nordique du Nitassinan.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Comment faire pour éviter de revivre la même chose dans quelques années, quand les nouvelles mines fermeront? «Il faut apprendre aux jeunes à ne jamais oublier qu’ils sont autochtones, faire des projets éducatifs sur les savoirs traditionnels, la survie», croit Mat.

Il envisage aussi que les Innus pourraient prendre le contrôle du développement minier. «Dans 30 ans, qu’est-ce que ça va être? Ça se peut que les Innus gèrent une mine. On n’aura plus besoin des Blancs. C’est notre roche, ça, c’est nous qui occupons le territoire. Là un Blanc vient et prend ce qui nous appartient. Déjà, je connais du monde qui met son argent dans les mines.»

À Lac-John, une statue de la Vierge contemple l’exploitation du territoire.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Du même auteur, lisez le compte-rendu du film Une tente sur mars, paru en 2010 dans le journal culturel devenu depuis la Rumeur du Loup: Cinéma politique et poétique.

Découvrez le film Une tente sur Mars, de Martin Bureau et Luc Renaud, avec Essimeu «Tite» McKenzie.

Jan 242013
 

Tatamagouche, journal Ensemble «Confiée pour toujours à la fiducie, la terre n’a plus de valeur, parce qu’elle ne peut être vendue. Elle devient comme l’air, l’eau, un bien commun.» Yuill Herbert, cofondateur de Tatamagouche Community Land Co-operative, la fiducie foncière sur laquelle est installée la ferme Waldegrave, à Tatamagouche, affirme qu’il s’agit d’une première dans les Maritimes. La célèbre ferme néoécossaise, sur laquelle se tient chaque année Tatamagouche Free School, marche ainsi sur les traces de la Ferme Cadet-Roussel en Montérégie, également sous fiducie foncière, mais sa structure est inattendue.

La fiducie foncière vise notamment à placer la terre à l’abri de la spéculation, pour les générations futures. Photo: Lucas Ayoub

La fiducie foncière vise notamment à placer la terre à l’abri de la spéculation, pour les générations futures.
Photo: Lucas Ayoub

Les fiducies foncières protègent la terre à long terme «en la sortant du marché foncier, donc de la spéculation et de la possibilité de développement. C’est un mouvement de grande ampleur aux États-Unis et au Canada anglais, où de grands organismes aident les plus petites fiducies à se mettre en place», a expliqué Jocelyn Darou, étudiant à la maîtrise en sociologie et anciennement chercheur au Groupe de réflexion et d’action sur le paysage et le patrimoine (GRAPP), lors du séminaire Les fiducies foncières agricoles – L’approche coopérative, tenu par l’Alliance de recherche université-communautés – Développement territorial et coopération (ARUC-DTC) en février 2012. Lire la suite »

Oct 052012
 

Trois-Pistoles, journal EnsembleLeader des Opérations Dignité qui ont empêché la fermeture de plusieurs villages dans l’est du Québec pendant les années 1970, Gilles Roy a été président d’honneur de la Maison familiale rurale du KRTB, projet dont j’étais chargé du démarrage pendant l’année 2008-2009. C’est avec une immense tristesse que j’ai appris son décès, survenu mercredi à l’hôpital de Rimouski. Laissez-moi vous raconter en quelques mots trop brefs cet homme inspirant qui n’a jamais arrêté de se dévouer pour nos collectivités rurales, jusqu’à la fin.

Leader des Opérations Dignité qui ont empêché la fermeture de plusieurs villages dans l'Est du Québec pendant les années 1970, Gilles Roy a récemment été président d'honneur du démarrage de la Maison familiale rurale du KRTB. Photo: Nicolas Falcimaigne

Leader des Opérations Dignité qui ont empêché la fermeture de plusieurs villages dans l’Est du Québec pendant les années 1970, Gilles Roy a récemment été président d’honneur du démarrage de la Maison familiale rurale du KRTB.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Nos chemins n’ont fait que se croiser. Son voyage tirait à sa fin et le mien ne faisait que commencer. Si brève a été notre rencontre, trop brève. Gilles Roy est une de ces personnes qui nous marquent pour longtemps, et il nous manquera longtemps. Les quelques pas que nous avons parcouru ensemble m’ont fait découvrir un homme d’une rare détermination, sur la route de la Maison familiale rurale, cette école coopérative pour la persévérance scolaire et la relève rurale, au cœur de son pays du Bas-Saint-Laurent. Lire la suite »

Sep 142012
 

Montréal, journal EnsembleL’élection du 4 septembre 2012 a marqué un changement de règne en portant au pouvoir le Parti québécois, après trois mandats libéraux. Avant que les événements dramatiques que l’on sait se produisent au Métropolis, le journal Ensemble a interrogé Jean-François Lisée, Bernard Drainville et Marie Malavoy sur leurs orientations en matière de coopératives, d’économie sociale et de réforme démocratique.

Jean-François Lisée s'est adressé à ses partisans réunis pour célébrer sa victoire, chez Baptiste, sur la rue Masson. Photo: Nicolas Falcimaigne

Jean-François Lisée s’est adressé à ses partisans réunis pour célébrer sa victoire, chez Baptiste, sur la rue Masson.
Photo: Nicolas Falcimaigne

Ces entrevues font l’objet de la toute première chronique radiophonique du journal Ensemble pour cette saison. C’est Simon Van Vliet qui en assurera la réalisation, dans le cadre de Mais, l’émission, sur les ondes de CISM 89,3 FM Montréal.

La chronique hebdomadaire est disponible pour téléchargement et diffusion libre sur toutes les radios communautaires, d’économie sociale et/ou coopératives. Lire la suite »

Août 082012
 

Trois-Pistoles, journal EnsembleRetour aux sources inattendu, cette dixième édition de l’Échofête aura eu un retentissement inédit dans les rues de Trois-Pistoles. Privé du terrain habituel, près du fleuve, confisqué par l’administration du maire Jean-Pierre Rioux, le festival a défié la censure en s’installant en haut, près de l’église, du 25 au 29 juillet. Né d’une lutte politique pour empêcher la construction d’un barrage hydroélectrique sur la rivière Trois-Pistoles, le premier festival environnemental au Québec a renoué avec ses origines pour devenir le porte-étendard de ce printemps québécois devenu été.

Samedi matin, Victor-Lévy Beaulieu a tenu à accueillir personnellement Gabriel Nadeau-Dubois et Mikaël Rioux à son domicile de la route Nationale, siège des Éditions Trois-Pistoles, pour discuter de la polémique entourant la participation du jeune leader étudiant à la dixième édition de l'Échofête, premier festival environnemental au Québec. Photo: Nicolas Falcimaigne

Samedi matin, Victor-Lévy Beaulieu a tenu à accueillir personnellement Gabriel Nadeau-Dubois et Mikaël Rioux à son domicile de la route Nationale, siège des Éditions Trois-Pistoles, pour discuter de la polémique entourant la participation du jeune leader étudiant à la dixième édition de l’Échofête, premier festival environnemental au Québec.
Photo: Nicolas Falcimaigne

C’est un détail du programme qui a attiré l’attention de l’empire médiatique Quebecor. Philippe Duhamel, du groupe Moratoire d’une génération, devait donner un atelier intitulé Formation à l’autodéfense citoyenne, en marge du festival. La journaliste Stéphanie Gendron en a fait un article publié le 11 juillet dans l’hebdo régional, sujet repris à la une du Journal de Québec sous le titre Activistes en formation et orné d’une grande photo de Mikaël Rioux, président et cofondateur de l’Échofête. Lire la suite »

Mai 232012
 

Sainte-Adèle, journal Ensemble«Prenez exemple sur Stephen Harper», a lancé le conférencier Jean-François Lisée aux quelque 80 participants au Forum coopératif des Laurentides cet après-midi. «Ils [les Conservateurs] se sont dit : « si on ne s’unit pas, au-delà de toutes nos chicanes, on ne sera jamais au pouvoir ». Si Stephen Harper l’a fait, alors qu’il est un peu psychorigide selon certains, je pense que les coopératives peuvent le faire.» M. Lisée a invité le mouvement coopératif à s’unir et à exercer un pouvoir politique auprès des élus. Le ton était donné pour ce rendez-vous régional organisé par la Coopérative de développement régional (CDR) Outaouais-Laurentides.

Jean-François Lisée a exprimé la nécessité de mettre en place des conditions permettant de favoriser un développement rapide du secteur coopératif, pour protéger l'économie du Québec des prochaines crises. Il a invité le mouvement coopératif à identifier cinq enjeux sur lesquels les candidats à la prochaine élection devront se prononcer, et à inviter les huit millions de membres au Québec à voter en conséquence. Photos: Nicolas Falcimaigne

En soulignant que les économies qui ont le mieux fait face à la crise de 2008 sont celles qui, comme le Québec, comptent beaucoup de coopératives, Jean-François Lisée a exprimé la nécessité de mettre en place des conditions permettant de favoriser un développement rapide du secteur coopératif, pour protéger l’économie du Québec des prochaines crises. Il a invité le mouvement coopératif à identifier cinq enjeux sur lesquels les candidats à la prochaine élection devront se prononcer, et à inviter les huit millions de membres au Québec à voter en conséquence. Lire la suite »

Mai 132012
 

Trois-Pistoles, journal EnsembleIl est impossible de gagner une élection au Québec sans avoir le soutien d’un grand groupe de presse. C’est ce qu’affirmait l’ancien président du Conseil de presse du Québec, Raymond Corriveau*, à l’émission Enquête diffusée le 3 novembre dernier à Radio-Canada. La conduite de l’État serait entre les mains de groupes financiers qui échappent au contrôle des citoyens, pensent plusieurs analystes dont notamment le journaliste et essayiste Hervé Kempf, la vitrine d’un système oligarchique contrôlé par quelques uns au profit d’une minorité.

Comment faire en sorte que le Printemps québécois ne soit pas capturé par la politique partisane, au seul profit de la prise du pouvoir par une formation politique? Photos: Nicolas Falcimaigne

À l’occasion du Printemps québécois, et au premier chef de la plus longue grève étudiante de l’histoire récente du Québec, la collusion entre les grands groupes de presse et le pouvoir s’est illustrée à plusieurs reprises. Elle a permis au gouvernement Charest de fixer l’attention des citoyens sur la grève étudiante, un sujet qui le fait progresser dans les sondages. La couverture sélective des épisodes violents de la grève, en plus de détourner l’attention du débat fondamental sur les frais de scolarité, a permis d’éclipser encore plus totalement les controverses qui mettent le gouvernement dans l’embarras: Plan Nord, gaz de schiste, exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent, exploitation de l’uranium, réfection de la centrale nucléaire de Gentilly 2, enquête sur l’industrie de la construction et la corruption. Lire la suite »

Avr 082012
 

Montréal, journal EnsembleIls étaient plus de 70 citoyens, chercheurs, artistes, étudiants, philosophes et autres manifestants indignés. Ils étaient intarissables, ils parlaient du Québec, de la démocratie, du bien commun, de ce printemps québécois qui s’éveille au bruit de centaines de milliers de pas qui envahissent pacifiquement les rues pour exiger la justice sociale. Ils étaient Nous.

Plus de 70 citoyens, dont ici le musicien Martin Léon, ont pris la parole au Monument-National, le 7 avril 2012, à l'occasion de l'événement Nous? Photo: Nicolas Falcimaigne

«Nous?», cet événement de prise de parole, s’est tenu le 7 avril dernier au Monument-National, de midi à minuit. Pendant douze heures s’est exprimée l’essence de l’identité québécoise, de sa crise et de ses espoirs.

«Comment rendre visible, opérante la liberté qui nous caractérise et qui nous échappe en même temps? La révéler?» En réponse à cette question, aussi alambiquée que celle du référendum de 1995, la diversité des points de vue exprimés s’est avérée impressionnante.

La part belle a été faite au mouvement étudiant et au «Printemps érable», en vue de la grande manifestation du 22 avril. Dominic Champagne, metteur en scène et organisateur de cette dernière, ainsi que Gabriel Nadeau-Dubois, leader étudiant présent à titre personnel, ont tous deux livré d’inspirants discours. Lire la suite »

Mar 222012
 

Montréal, journal EnsembleIl y a quelques semaines, Lux Éditeur publiait un petit livre intitulé Université inc. Des mythes sur la hausse des frais de scolarité et l’économie du savoir, par Eric Martin et Maxime Ouellet, un ouvrage auquel ont également contribué Guy Rocher, Lise Payette, Omar Aktouf et Victor-Lévy Beaulieu. Omar Aktouf est aussi professeur titulaire à l’école des Hautes études commerciales, et donc à la fois au cœur d’une institution universitaire et d’une pouponnière de la finance. Il est aux premières loges de cette relation entre l’élite financière et le monde de l’éducation, qui est en question dans cet ouvrage. Alors que des milliers d’étudiants sont dans la rue pour s’opposer à la hausse des frais de scolarité, le journal Ensemble l’a rencontré pour connaître le fond de sa pensée.

Omar Aktouf est professeur titulaire à l'école des Hautes études commerciales, et donc à la fois au cœur d'une institution universitaire et d'une pouponnière de la finance. Photo: N.Falcimaigne

En ce jeudi 22 mars, des milliers d’étudiants envahissent les rues pour s’opposer à la hausse des frais de scolarité, qui a été confirmée dans le budget déposé par le gouvernement Charest cette semaine. La mobilisation étudiante a bloqué l’autoroute métropolitaine il y a quelques jours, et ensuite le pont Champlain. La réaction de la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, est de nature à diviser la population, selon Omar Aktouf, professeur titulaire aux HEC. Selon la ministre, «les étudiants qui revendiquent la gratuité de leurs études universitaires doivent réaliser qu’ils sont en train d’écœurer les travailleurs, à qui ils veulent refiler toute la facture.» Lire la suite »

Juin 302011
 

Lelystad, journal EnsembleFlevoland, Pays-Bas. Les moulins à vent ne servent pas qu’à moudre le grain. Symbole de la Hollande, ils sont littéralement à l’origine de ce pays d’Europe du Nord, tel qu’on le connaît aujourd’hui. En fournissant l’énergie nécessaire à pomper la mer hors des marais, ils ont permis l’émergence des polders et la transformation de ce littoral humide en territoire. C’est aussi un vent d’interdépendance et de coopération qui a rendu possible la création des premiers polders dès le Moyen-âge. Il s’y bâtit depuis le XXe siècle le cœur de l’Europe économique. Quelques pas sur l’improbable Nouveau Monde du Vieux Continent.

La digue qui relie Lelystad à Enkhuizen divise en deux la mer intérieure, Zuiderzee, et constitue un axe routier important entre l’Est et l’Ouest des Pays-Bas. - Photo: N.Falcimaigne

Le musée Nieuwland de Lelystad raconte cette histoire fascinante, où l’aménagement du territoire prend son sens le plus extrême. Henk Pruntel, chercheur au musée, explique que c’est avec l’apparition de la machine à vapeur, au XIXe siècle, que de grands projets commencent à devenir réalistes. On projette alors de refermer Zuiderzee, la mer intérieure, et d’en faire émerger plusieurs polders modernes. Une énorme tempête, en 1916, et la nécessité d’améliorer la sécurité alimentaire des Pays-Bas, victimes de blocus pendant la Grande Guerre, ont insufflé la volonté politique nécessaire pour passer aux actes. Les digues seront toutefois détruites par les Allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale, causant des inondations dévastatrices. Lire la suite »

Mar 072011
 

Elorrio, journal Le Mouton NoirElorrio. Le vent soulève la poussière en cette fin d’après-midi. La grisaille du ciel couvert accentue le sentiment de désolation qui se dégage des façades de commerces fermés et des rues désertes de ce village pittoresque, pourtant l’un des plus jolis du Pays Basque. Est-ce l’heure de la journée, la sieste, le jour de la semaine? Cette ambiance sinistre qui nous accueille est-elle un reflet de la situation socioéconomique qui affecte l’Espagne et les quatre provinces basques situées sur son territoire?

Des enfants jouent à la pelote basque sur le fronton attenant à la mairie d'Elorrio. Sur le mur à gauche, le drapeau réclamant la libération des prisonniers basques : « Euskal presoak, etxera! » (« prisonniers basques, à la maison! »). - Photo : N.Falcimaigne

Des enfants jouent à la pelote basque sur le fronton attenant à la mairie d’Elorrio. Sur le mur à gauche, le drapeau réclamant la libération des prisonniers basques : « Euskal presoak, etxera! » (« prisonniers basques, à la maison! »). – Photo : N.Falcimaigne

Un mur de la mairie sert de fronton, et quelques enfants s’amusent sur la kantxa (terrain de pelote basque). Armés de raquettes et de balles de tennis, ils mitraillent le mur d’un feu nourri. Dans un coin du mur, un drapeau : le territoire basque. Un slogan : Euskal presoak, etxera! (« prisonniers basques, à la maison! »). Au café voisin de la mairie, nous retrouvons Julio, notre hôte, qui nous ouvrira les portes de la société basque militante et populaire, loin des rencontres protocolaires.

Nous attendons Carlos, chez qui nous logerons. Julio en profite pour nous expliquer la situation. Avec un taux de chômage de 15 %, le Pays Basque ne s’en tire pas si mal en regard des 20 % de chômeurs espagnols. La crise s’est toutefois accompagnée de tensions politiques accrues depuis que les autorités espagnoles ont interdit le parti nationaliste basque, Batasuna. Au cœur d’Hegoalde, sur le versant espagnol des Pyrénées, ce village basque de 7 000 habitants est l’un de ceux dont le jeune maire appartient à Batasuna. Son administration est tombée dans un vide juridique. Lire la suite »

Mar 062010
 

Rivière-du-Loup, journal culturel Le Q-Dpoule«Tu peux pas avoir d’histoire sans terre.»

Photo: Inês Lopes

C’est le message lancé par le peuple millénaire qui a vu naître, dévaster et maintenant mourir à petit feu Schefferville, boomtown du « Nouveau-Québec ». Ce n’est pas qu’un paysage stérile et rouillé que nous dévoile Une tente sur Mars, le documentaire de Martin Bureau et Luc Renaud présenté le 16 février dernier par les Projections Cinédit. Ce n’est pas une énième complainte à la situation socioéconomique des autochtones, ni même une critique de l’exploitation minière sauvage que l’on fait subir au Québec depuis plus d’un siècle. C’est plutôt une remise en question des représentations identitaires les plus profondément ancrées chez le spectateur québécois. Expérience bouleversante pour une salle comble à la Maison de la culture de Rivière-du-Loup. Lire la suite »

Fév 062024
 

Certains se souviendront du journal Ensemble !, publié dès les années 1940 sous la direction de Georges-Henri Lévesque, et qui était le journal des coopératives et du coopératisme au Québec. Ceux qui ont été présents l’an dernier à la Conférence internationale Quel projet de société pour demain ? à Lévis ont tenu dans leurs mains les premières éditions d’un nouveau journal Ensemble, publiées quotidiennement par une équipe de bénévoles.

Ces jeunes coopérateurs motivés ont fondé la Coopérative de journalisme indépendant, avec l’appui de leurs deux co-présidents d’honneur, Claude Béland et Raymond Corriveau. C’est dans le cadre de la journée On change de modèle, du Forum international de l’économie social et solidaire (FIESS) que Gérald Larose, président de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, a procédé au lancement officiel du nouveau journal Ensemble, presse coopérative et indépendante, lundi dernier.

Gérald Larose, président de la Caisse d’économie solidaire Desjardins, présente le journal Ensemble aux 250 participants à la journée On change de modèle, du Forum international de l’économie sociale et solidaire (FIESS):

Ce journal a pour mission de redonner aux citoyens accès à une information de qualité, notamment sur la coopération, les coopératives, les mutuelles, l’économie sociale et solidaire. Pour Raymond Corriveau, co-président d’honneur, « ce que ça nous permet de faire, c’est de retrouver l’essentiel de l’espace public. Pas l’espace concentré, mais l’espace public, avec ses différentes idées, discussions, débats, ensemble, on arrive à créer une intelligence collective. »

Raymond corriveau, co-président d’honneur, présente le journal Ensemble:

Formés en coopérative, ils invitent tous les citoyens et organismes à participer, à devenir membres, à s’abonner, à annoncer dans les pages d’Ensemble. Ce qui est important, « c’est l’économie solidaire qu’on crée grâce aux coopératives, souligne Claude Béland, co-président d’honneur. Cette économie-là est une alternative au désastre actuel du système dominant. Donc c’est très important que le réseau, lui, vive ensemble. » Soutenir le développement de ce médium, c’est permettre au projet de société coopératif de rejoindre le plus large public possible, vers l’Année des coopératives en 2012, et plus loin encore !

Parce qu’ensemble, on va plus loin.

Claude Béland, co-président d’honneur, présente le journal Ensemble:

 

Jan 282018
 
«Généralement, les organisations coopératives, mutualistes ne sont pas bien connues. (...) Il faut créer un mouvement.» - Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins Photo: Nicolas Falcimaigne

À l’occasion du lancement de l’Année des coopératives, tenu à Lévis le 12 janvier dernier, le journal Ensemble a eu l’occasion d’interroger Monique F. Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins. Premier groupe financier coopératif au Canada, sixième dans le monde, avec un actif de plus de 188 milliards de dollars, Desjardins est l’un des plus importants employeurs au Canada avec 43 600 employés. Illustration du leadership mondial exercé par cette coopérative financière québécoise, le Sommet international qu’elle organise à Québec du 8 au 11 octobre 2012 réunira 2 000 participants de partout dans le monde, ainsi que 125 conférenciers de renom. Quelle est sa vision du contexte mondial actuel ?

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Avr 012016
 

 

Veuillez noter que cet article, publié à l'occasion du premier avril 2015, est une fiction, tout comme plusieurs autres articles publiés dans les journaux ainsi que le veut la tradition. Au journal Ensemble, nous saisissons l'occasion pour utiliser exceptionnellement cette forme d'éditorial efficace et appréciée qu'est le canular. Les faits relatés n'ont donc pas eu lieu. Nous remercions les personnalités publiques réelles auxquelles le texte fait référence pour leur aimable compréhension.

Après Philippe Couillard, qui s’est fermement opposé à l’exploitation pétrolière sur Anticosti, c’est au tour du premier ministre fédéral de prendre le virage vert. Entouré de Catherine McKenna, ministre de l’Environnement et Changement climatique Canada, et de MaryAnn Mihychuk, ministre de l’Emploi, du Développement de la main d’œuvre et du Travail, Justin Trudeau a annoncé la reconversion des sables bitumineux en un «vaste chantier de réparation de la planète».

Hier en fin de journée, le premier ministre a tenu une conférence de presse extérieure dans un endroit reculé, d’où journalistes et dignitaires ont pu admirer un splendide coucher de soleil à travers les cheminées et les rejets polluants de Fort McMurray. «Le crépuscule se couche sur l’industrie pétrolière» [sic], a-t-il déclaré, le visage baigné de lumière dorée.

Le plan de transition remis aux journalistes prévoit la transformation de la région en vastes champs de culture de chanvre permettant de «redonner son originale vocation à Les Prairies, [sic] a précisé M. Trudeau, comme un vert paysage de la paix et de prospérité». Le Premier ministre a expliqué que le coût de restauration des sites contaminés est hors de portée des compagnies pétrolières, surtout depuis l’effondrement du prix du pétrole. «Nous avons donc forcé les grandes pétrolières à former une grande coopérative de la solidarité : la Coop de solidarité du chanvre canadien. Ce type de coop est basé même sur un modèle québécois, [sic] a-t-il clamé, ne cachant pas sa fierté. Elles lui en cèdent sans frais tous leurs actifs albertains et elles lui deviennent simples membres-producteurs.» [sic]

Les installations pétrolières seront reconverties et le personnel sera invité à devenir membre-travailleur. Tous les Canadiennes et les Canadiens pourront également devenir membres-consommateurs et bénéficieront ainsi de prix sur les produits. Les entreprises de culture ou de transformation pourront aussi devenir membres-producteurs.

Le chanvre sera de la variété Cannabis Sativa, destiné aux industries de la fabrication et de l’alimentation. Ce dernier a une faible teneur en Tétrahydrocannabinol (THC), agent psychotrope. «D’autres régions du pays seront consacrées à la culture du Cannabis Indica, la marijuana qu’on la connaît bien et qui le contient du THC» [sic], a rassuré le Premier ministre.

La ministre McKenna a déclaré pour sa part que la culture du chanvre capte cinq fois plus de dioxyde de carbone dans l’air qu’une surface de forêt équivalente. «Convertir toute la superficie des sables bitumineux à la culture du chanvre permettra non seulement de décontaminer le sol, mais surtout de retirer rapidement un grand volume de carbone de l’atmosphère, ce qui constitue notre priorité face aux changements climatiques.»

Le chanvre récolté et le carbone qu’il contient seront ensuite transformés en matériaux durables, fabriqués à même les installations de l’industrie pétrolière reconverties. «Les différents plastiques de chanvre peuvent remplacer toute la production de l’industrie pétrochimique, tandis que les matériaux de construction comme le béton de chanvre et les autres isolants révolutionneront le secteur du bâtiment», a ajouté sa collègue Mme Mihychuk. Cela représente, selon elle, des milliers d’emplois qui viendront remplacer ceux de l’industrie pétrolière.

C’est un géant de l’industrie qui aurait pris l’initiative du plan, a-t-on appris. La pétrolière française, dont le principal actionnaire privé est québécois, évoque une stratégie d’affaires. «Le pétrole, c’est du passé, affirme son représentant sur place. On en a tiré tout l’argent qu’on a pu pendant que le public pouvait encore le tolérer. Il s’agit maintenant de réparer la planète. Il faut prendre le marché d’assaut alors que la plupart des états américains n’ont toujours pas autorisé la culture du chanvre et que le Canada dispose déjà d’infrastructures de transformation.» En effet, le Québec et le Manitoba produisent déjà des aliments à base de graines de chanvre.

Nov 182015
 

Voilà qu’un bref aperçu de la violence quotidienne du reste du monde frappe au cœur de l’Occident. Aussitôt, se referment les frontières. Sur ces frontières qui nous séparent de l’autre, qui protègent notre bien commun, mais surtout individuel, sur ces frontières se déploient les douaniers, la police ou l’armée à qui l’on a délégué la violence. Nous leur avons confié la violence avec laquelle nos ancêtres protégeaient autrefois la propriété, celle dont l’autre est privé, et dont il pourrait s’emparer en utilisant la violence. Violence et propriété forment un couple parfait, tout comme leurs enfants terribles: le capitalisme et la guerre.

Ce lien entre la violence et la propriété a été souligné par Léon Tolstoï à la fin du dix-neuvième siècle. Au milieu des guerres sanglantes de cette époque s’est imposé le capitalisme, ou autrement dit l’exploitation des humains et de la nature pour maximiser le rendement sur le capital investi. Depuis, le capitalisme et la guerre n’ont cessé de se «perfectionner», l’un investissant dans l’autre, et l’autre se nourrissant de l’un.

Profit sur le pétrole pour lequel on fait la guerre, profit sur les bombes jetées sur les rebelles, profit sur les armes vendues aux rebelles, profit sur les drapeaux et sur les cercueils des militaires, profit sur l’équipement de sécurité accrue dans les aéroports, profit sur le transport des soldats, des rebelles et des réfugiés, profit sur la prime d’assurance du gratte-ciel, profit sur les vivres distribués par les organisations humanitaires, profit sur les terres qui les ont produits et dont les populations ont été chassées, profits sur les médias aux cotes d’écoute gonflées par l’horreur… Profit sur les causes, profit sur les conséquences: toujours, le capital profite, et l’humain crève.

Le capitalisme est la violence. Le «bénéfice» que l’investisseur tire de son investissement n’est rien d’autre qu’un vol qualifié: c’est le fruit confisqué du labeur de chaque humain qu’il exploite, c’est l’eau potable de chaque rivière qu’il pollue et dont il prive les générations futures, c’est l’océan vide, acide et radioactif dont plus personne ne pourra pêcher le poisson, c’est la forêt sans arbres volée à sa biodiversité disparue à jamais.

La révolution industrielle a donné des moyens infinis à la cupidité humaine et a solidement installé au sommet des valeurs capitalistes la propriété. Depuis le dix-neuvième siècle, le pouvoir ne vient plus de la noblesse héréditaire, il vient de la propriété. Pourtant, c’est aussi en plein cœur de la révolution industrielle que naissait déjà l’alternative discrète qui forme aujourd’hui les bases du monde destiné à remplacer le capitalisme, et peut-être la violence qui vient avec.

Cette autre voie n’est pas le communisme: le vingtième siècle nous a bien appris, millions de victimes à l’appui, que l’État ne peut gérer la totalité sans devenir… totalitaire. Non, l’alternative qui se développe depuis 150 ans au sein même de nos économies de marché, c’est la coopération. Les coopératives testent depuis plus d’un siècle leur capacité à remplacer le capitalisme dans tous les secteurs: agriculture, finance, commerce de détail, fabrication, restauration, culture, énergie, infrastructures, habitation, santé, information, éducation, etc.

En 150 ans, nous avons eu le temps de connaître les pièges à éviter. Dans certains secteurs bien connus, les coopératives et les mutuelles ont grandi à un point tel qu’elles se sont éloignées de leurs valeurs premières. Leur taille les a amenées à agir comme des entreprises capitalistes. Certaines le sont même devenues, confisquées par leurs membres présents, trahissant leurs membres passés et futurs, elles sont passées sous propriété privée. La création de la propriété est un vol.

La paix passe-t-elle par l’abandon de la propriété? Quand un bien n’a plus de propriétaire, à qui les voleurs peuvent-ils bien s’attaquer? Quand un bien ne peut être vendu, pourquoi les spéculateurs s’y intéresseraient-ils? Paradoxalement, la meilleure façon de protéger un patrimoine, c’est donc de cesser de le posséder et d’en confier l’administration à cette «démocratie de proximité» qu’est la coop.

Les coopératives d’habitation en sont un bon exemple: les membres ne peuvent vendre l’immeuble et se séparer le produit de la vente, car des générations de membres passés ont entretenu ce bien collectif pour qu’il soit utilisable par les générations de futurs membres. Le droit des membres est un droit d’utilisation, et on ne peut en priver les membres futurs. L’utilisation d’un bien, n’est-ce pas tout ce dont on a besoin? C’est le principe de toute coop: répondre à un besoin.

Selon la Confédération québécoise des coopératives d’habitation, il existe au Québec 1300 coops d’habitation, qui comptent plus de 30000 logements. Environ 60000 personnes vivent ainsi à l’abri de la spéculation et gèrent démocratiquement des actifs de 1,5 milliard $.

S’inspirant de ce principe, un nombre croissant de communautés poussent la logique encore plus loin en plaçant leurs terres, leurs maisons ou leurs infrastructures sous fiducie. Ces fiducies foncières, dont la gestion est souvent confiée à une coopérative, protègent la vocation du bien et prévoient les droits d’utilisation. D’autres formes d’autogestion apparaissent un peu partout dans le monde.

Petit à petit, la multiplication de ces initiatives crée, très concrètement, un monde sans propriétaires. Ce monde pourrait bien être aussi un monde sans violence, sans réfugiés et sans frontières.

Nov 122015
 

Chère Mélanie,

Malgré notre alors jeune âge, c’est comme «mentors» en entrepreneuriat social que nous nous sommes rencontrés, à l’école d’été de l’INM, celle qui a eu lieu à Québec. Puis, Génération d’idées et le journal Ensemble nous ont accaparés chacun de notre bord. «Entrepreneurs sociaux», nous nous sommes suivis de loin, au-delà de toute partisanerie. Aussi me permettrai-je de te tutoyer, comme dans le temps.

L’entrepreneuriat social qui était notre point commun m’a amené à démarrer trois coopératives dont ce journal, puis maintenant à prendre la relève d’une maison d’édition. Toi, tu as choisi la politique. Forte des acquis de ta firme de marketing, tu as sauté sur le tremplin de la mairie de Montréal, et te voilà ministre. Toutes mes félicitations!

Te voilà ministre de «Patrimoine canadien – Canadian Heritage», et donc responsable du fonds de soutien à l’édition. Puisque c’est mon secteur d’activité, l’édition, permets-moi de faciliter ton entrée en poste en te fournissant quelques informations sur le terrain miné que t’a laissé le précédent gouvernement.

Figure-toi donc que, à peine quelques mois avant de quitter le pouvoir, le gouvernement Harper a émis une nouvelle directive qui impose aux éditeurs de mentionner l’aide de Patrimoine canadien – Canadian Heritage dans les deux langues, chose qui était impensable jusqu’alors. Imagine des milliers de livres en français, destinés à un lectorat francophone, et criblés d’une mention en anglais. Ça fait dur.

Je reviens d’un salon du livre, et toutes les personnes que j’ai rencontrées, auteurs, éditrices, libraires, lectrices, trouvent que cette directive est inutile et même nuisible. Au mieux, c’est de la pure provocation. Toi qui as déjà publié un livre, tu sais à quel point chaque détail compte.

On se demande même si l’intention du précédent gouvernement n’était pas de se servir du secteur de l’édition, précaire s’il en est, comme d’un champ de bataille linguistique. Provoquer une levée de boucliers, puis humilier publiquement la défense du français au Québec pour se faire du capital politique dans le reste du Canada, en faisant oublier le désastreux bilan de leurs dix années au pouvoir. Imagine… c’était peut-être ça, l’agenda des Conservateurs.

Ou encore, une fois ce terrain conquis au bilinguisme, il suffirait de demander la même chose aux producteurs de films, aux maisons de disques, aux entreprises du spectacle, aux médias d’information. «Bienvenue au Festival de la Chanson de Tadoussac, nous tenons à remercier l’aide financière de Patrimoine Canadien – We’d like to thank Canadian Heritage for their financial support.» Imagine… Tes oreilles québécoises ne grichent-elles pas?

En tout petits caractères, dans les normes d’un programme d’aide financière, Stephen Harper était en train d’ouvrir une brèche menaçant cette nation qui a pourtant été reconnue par son gouvernement, et cette brèche peut mener à un conflit comme ceux qu’on a vécus pendant les années 1960 et 1970, avant qu’on se dote de la Charte de la langue française (loi 101) qui protège notre langue officielle, le français. Cette nouvelle directive du gouvernement conservateur exige en effet des artisans de la culture québécoise qu’ils contreviennent à la loi 101. C’est inadmissible.

Tu as le pouvoir d’annuler très facilement cette directive et de redonner un semblant de paix linguistique à ton grand pays canadien. J’espère que cela fera partie de tes priorités.

Pour ma part, je vis déjà les impacts très concrets de cette directive ministérielle qui nous coupe d’un financement public essentiel au milieu de l’édition: deux mois d’arrêt sans chômage cet été, des heures réduites depuis, la conséquente surcharge de travail, moins de temps avec mes enfants, petits boulots pour boucler les fins de mois. «Pour le reste, il y a Visa.»

Qu’à cela ne tienne, nous continuerons à publier. Je suis prêt à faire des sacrifices pour protéger notre langue et notre culture, comme l’ont fait des générations de Québécois depuis des siècles. Nous tiendrons le siège, et la langue maternelle de nos petits enfants ne sera pas l’anglais.

Bonne chance et bon courage!

Nicolas Falcimaigne

L’auteur est président de la Coopérative de journalisme indépendant, éditeur du journal Ensemble, ainsi que compagnon à la relève des Éditions Trois-Pistoles. Il signe cette chronique en tant qu’être humain.

Oct 272015
 

Trois-Pistoles — Le transport des personnes en région est-il un commerce ou un service essentiel? La compagnie Orléans Express (devenue une filiale de Keolis) a réduit la fréquence de ses trajets d’autobus en région depuis quelques mois. Il est devenu impossible pour une personne de se rendre à un rendez-vous dans la ville voisine autrement qu’en auto ou en taxi. C’est la logique d’affaires qui a dicté ces changements, dit-on. En tout cas, ce n’est pas un changement guidé par le besoin des populations rurales.

Ce matin, j’ai franchi une nouvelle étape dans cette aventure Avec pas d’char. J’ai pris un billet pour la ville voisine, Rivière-du-Loup. Le seul service disponible, Orléans Express, devenue filiale de Keolis, me propose quarante minutes de route aller et autant au retour, pour trente piastres. Entre l’arrivée à 9h et le retour à 15h45, six grosses heures. Espérons que ce soit suffisant pour ce rendez-vous médical et son attente inévitable, s’y ajoutant le transport entre l’hôpital et l’autobus.

Je suis chanceux: en Gaspésie, il n’y a même plus d’aller-retour la même journée. Les gens doivent prendre un hôtel. Quand je cherche Gaspé – Sainte-Anne-des-Monts, on me propose de partir à 7h15, d’arriver à 10h25, puis de repartir à 8h30 et d’arriver à 11h35 du matin… la même date. Un petit voyage dans le temps avec ça?

Pardonnez ce moment d’humeur et les écarts de langage qui vont avec, mais il y a de quoi se fâcher quand je constate qu’on a non seulement démantelé notre réseau ferroviaire régional pour en faire de jolies pistes cyclables et autres sentiers de randonnée, mais qu’en plus on réduit à une peau de chagrin le service d’autobus, à des tarifs élevés qui vont tout droit dans les poches d’investisseurs privés et étrangers.

Keolis est une entreprise privée détenue à 70% par la Société nationale des chemins de fer (SNCF) française et à 30% par la Caisse de dépôt et de placement du Québec. En 2002, le propriétaire d’Orléans Express, Sylvain Langis, a vendu 75% de ses parts à Keolis, puis le reste en 2011.

Le transporteur exerce au Québec un quasi-monopole. Ce qui reste dans plusieurs régions l’unique service de transport collectif est livré pieds et poings liés aux lois du marché, et les profits s’envolent ensuite pour l’Europe.

Face à l’épuisement des ressources pétrolières, à l’effondrement des écosystèmes, à la crise socio-économique, il faudra bien développer des alternatives au transport individuel. Dans presque tous les autres pays du monde, le transport des personnes est principalement collectif. Vers quoi se tournera-t-on alors?

Irons-nous encore vers le privé, ou choisirons-nous de nous donner collectivement des moyens de transport modernes, dont l’objet est de répondre aux besoins des populations plutôt que d’exporter des profits? L’un de ces projets est le monorail à grande vitesse, qui pourrait devenir un grand projet de société public et même coopératif. Aurons-nous enfin de l’audace?

 

Oct 012015
 

Chers lecteurs, chères lectrices, il nous fait plaisir de vous présenter le nouveau site d’Ensemble, qui est maintenant accessible sur ensemble.coop. Le nouveau site, développé par notre coopérateur de longue date Marc Ouimet, remplace le présent site conçu par notre cofondateur Dru Oja Jay, à qui nous devons les cinq premières années de publication en ligne. La plus grande reconnaissance de la coopérative s’adresse à ces deux piliers qui n’ont pas compté leurs heures pour rendre l’information indépendante accessible au plus grand nombre de personnes.

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